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Hélène Firla dans
"Les Bains de Lucques"

Jacques François

Michel Voïta à
"La Fête des Vignerons"
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Chers Amis,
En création au Théâtre de Vevey, Michel Voïta et Michel
Toman viennent de mettre en scène “Molly S.” , une pièce
passionnante de Brian Friel. Elle fait partie, à mon avis,
des oeuvres théâtrales qu’il ne faudrait manquer à aucun
prix.
Basée sur un fait réel, l’histoire peut sembler simple
: une jeune femme, Molly, aveugle depuis qu’elle a eu dix
mois, est poussée par son mari, Frank, à subir une
intervention chirurgicale destinée à lui rendre la vue. Mais
tout se complique lorsque les époux et le médecin, le Dr.
Rice, nous donnent, tour à tour, leur version des faits.
Chacun, en effet, nous apporte un éclairage différent, tamisé
qu’il est par leurs motivations personnelles et surtout par
l’évocation de leurs passés respectifs.
Frank est un idéaliste écologiste et tiers-mondiste qui défend
les nobles causes, mais qui, le plus souvent, ne cherche qu’à
donner un sens à son existence. Pour lui, l’herbe est
toujours plus verte dans le pré voisin, ce qui l’induit à
courir aux quatre coins de la planète, son efficacité étant
inversement proportionnelle aux distances qu’il parcourt.
Maintenant, rendre la vue à sa femme Molly est devenu une
priorité.
Le Dr. Rice, ophtalmologue réputé il y a quelques années,
a subi un grave choc psychologique qui lui a fait abandonner
l’avant-scène de sa spécialité. Il s’est caché dans un
petit hôpital de la campagne irlandaise se contentant d’un
travail de routine sans éclat. L’opération de Molly
pourrait être une excellente occasion de lui remettre le pied
à l’étrier.
Molly, quant à elle, vit dans un univers qui lui convient.
Kinésithérapeute de profession, elle est heureuse de
pratiquer sa spécialité dans un institut de remise en forme.
Elle ne voit pas vraiment de nécessité à jouir du sens de
la vision, et ce d’autant plus qu’elle a été avertie
qu’il lui faudrait faire un énorme effort pour apprendre à
voir et pour réorganiser ses références mnémoniques.
Alors... A moins, bien sûr, que cela ne fasse plaisir à
Frank...
Cette pièce, exclusivement constituée de monologues
alternés, n’est pas facile à jouer, mais les trois acteurs
ont magnifiquement surmonté cette difficulté. Hélène Firla
joue une Molly lumineuse, gaie et positive qui réussit à
nous convaincre que la cécité est un avantage qui accroît
la qualité de la perception des autres sens. Michel Voïta,
le mari baroudeur, a une présence fantastique qui n’a rien
à envier à celle de Jacques François, le Dr Rice, toujours
aussi exceptionnelle. Tous deux m’ont ravi : le premier dans
son rôle d’homme rustique, près de la terre et des choses,
et le second dans celui du médecin, raide voire maladroit,
cachant sa sensibilité et ses blessures derrière un charabia
froid et scientifique.
Et si vous désirez savoir si le défaut que la nature a
imposé à Molly sera corrigé avec succès, il y a un
excellent moyen : allez voir la pièce de Brian Friel. Plus
qu’une anecdote, vous y trouverez une réflexion universelle
sur le bonheur, l’exil et la responsabilité individuelle.
Une prochaine représentation est prévue le 19 février
au Théâtre des Amis à Carouge.
Amitiés.
J.-M. de Wolff
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