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Madame Sans Gêne
                       de Victorien Sardou, Emile Moreau et Pierre Laville

Sous l’Empire, la formidable Comtesse de Dantzig et Maréchale Lefebvre n’avait pas son pareil pour dire ses quatre vérités à chacun quel que soit son rang social. Née Catherine Hubscher, cette femme de caractère, fut cantinière, puis blanchisseuse avant d’épouser le fringant sergent Lefebvre. Elle l’aime de tout son coeur et il le lui rend bien. Officier de valeur, il est bientôt nommé Maréchal par Napoléon. Fulgurante ascension sociale donc, mais difficulté majeure pour sa compagne, fille du peuple, qui doit jouer les grandes dames.

Par son empathie, sa générosité et son humanité sans limite pour ceux qui l’entourent , elle est prête à tout pour faire triompher le bon sens, l’amitié et la fidélité à deux hommes qu’elle aime et admire : son mari et Napoléon.

Mise en difficulté par les soeurs de l’Empereur, la Maréchale sera mise en demeure, par ce dernier, de quitter son mari car elle est trop mal élevée et donne une mauvaise image de la Cour. Mais, le jour où elle est convoquée par Napoléon, elle a tôt fait de lui faire comprendre qu’elle est une grande patriote, une citoyenne hors normes, qui a su accompagner les soldats dans leurs campagnes. Elle a même été blessée, ce qui fait d’elle une héroïne dont la bravoure est reconnue par l’Empereur. La situation devient même cocasse lorsque la jeune femme rappelle au grand homme que, du temps où elle n'était que blanchisseuse, un certain Bonaparte ne lui avait pas payé sa dernière facture...

La pièce est épatante. Non seulement elle est pleine d’humour et de franche gaîté, mais encore, elle n’est pas dépourvue de suspens, en particulier lorsque le général autrichien Neipperg est suspecté d’avoir une relation coupable avec l’Impératrice elle-même. Or cet homme, alors qu’il avait été gravement blessé à l’époque de la prise du pouvoir par Bonaparte, fut sauvé par celle qui allait devenir Maréchale. A la suite de cet événement, ils devinrent amis. Il était donc normal qu’elle tente une nouvelle fois l’impossible pour venir à son secours.

Le personnage créé par Victorien Sardou et Emile Moreau en 1893 n’est pas vraiment conforme au personnage historique. De fait, il est un assemblage de la vie de deux femmes qui toutes deux étaient surnommées “Madame Sans Gêne” : la blanchisseuse Catherine Hubscher et Thérèse, la fille d’un meunier de Pontoise.

Pétulante, Clémentine Célarié fait la preuve d’une qualité d’abattage exceptionnel. Elle personnifie parfaitement cette “Madame Sans Gêne” dont la franchise et les airs délurés lui permettent des répliques cinglantes, parfois impertinentes, certes, mais faisant mouche à tous coups. Cette “Madame Sans Gêne” défend à sa manière les petits, les exclus, les pauvres et surtout les femmes dont elle semble nous dire que plus rien ne sera pareil à l’avenir. Comme si elle initiait un mouvement de libération féminine avant la lettre...

Encore un mot : la pièce originale durait quatre heures, nécessitait 56 comédiens et de nombreux figurants. Avec talent, Pierre Laville a redimensionné l’oeuvre pour qu’elle ne dépasse pas les deux heures : le résultat confine d’autant plus à la perfection que la mise en scène d’Alain Sachs lui apporte une dynamique jamais prise en défaut.

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