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Chers Amis,  

Le Théâtre du Jorat nous offre une saison superbe. Après “Flamenco directo”, “Irma la douce”, “Marie Paule Belle chante Barbara”, voici qu’il nous propose “Antigone” de Jean Anouilh, pièce interprétée par la “Compagnie du Loup” de Grenoble.

L’oeuvre de Sophocle dont elle a été inspirée, raconte que le roi de Thèbes, Créon, a interdit qu’on ensevelisse Polynice, celui-ci étant coupable d’avoir pris les armes contre la patrie. Antigone, soeur de ce dernier et nièce de Créon, méprise cet ordre et donne une sépulture au traître.

La jeune femme rebelle est arrêtée. Elle va opposer à Créon “les lois non écrites et inébranlables” de la conscience à la raison d’Etat et à la loi politique. C’est sur la base de cette loi que, malgré les menaces du devin Tirésias et les objection de son fils Hémon (fiancé d’Antigone), Créon va prononcer sa sentence de mort.

La tragédie sera complète : lorsque le tyran se ravisera, il sera trop tard. Antigone a déjà subi son châtiment, Hémon l’a suivie dans la mort et Euridyce - l’épouse de Créon - désespérée, s’est suicidée.

Anouilh reprend cette histoire et en déplace le centre de gravité. Il oppose deux philosophies de la vie : celle d’une jeune fille impulsive de vingt ans et celle d’un homme mûr qui se résigne à un “sage bonheur de tous les jours”. Antigone veut accomplir sa destinée jusqu’au bout dans une quête d’absolu qui ne tolère aucune des concessions que lui demande Créon. Or, lui, se trouve ligoté par la raison d’Etat et le maintien de son autorité.

La “Compagnie du Loup” a su magnifiquement mettre en scène cette pièce en l’enrichissant de détails symboliques. Déjà, le décor nous interpelle par son mur en forme de point d’interrogation qui se transforme au cours de la pièce en un colimaçon évoquant la spirale infernale des décisions prises par les deux protagonistes.

Ensuite, il faut mentionner les costumes dont la couleur change au gré des situations. Antigone, au début de la pièce, porte un vêtement orange. Lorsqu’elle parvient à convaincre sa soeur Ismène de la justesse de ses choix, celle-ci troque sa robe beige contre une robe orange. Plus tard, Antigone va se rallier momentanément à l’avis de Créon, vêtu de rouge, et va donc échanger la partie orange de son ensemble contre l’échappe grenat du roi. Enfin, la jeune femme refuse les idées de compromission qui lui sont proposée. Elle arrache l’écharpe et se vêt une robe blanche, signe qu’elle a retrouvé la pureté de l’absolu qu’elle veut défendre.

Enfin, je tiens à souligner l’excellente idée de faire du Messager un sphinx énigmatique et sardonique. Lorsqu’il parle, on entend le souffle des dieux qui agissent sur la destinées des hommes. Ce souffle est perceptible à chaque fois qu’Antigone adopte des partis qui l’engagent dans une tragédie inéluctable. L’effet est grandiose.

Si vous entendez que la pièce est donnée non loin de l’endroit où vous vous trouvez, alors ne la manquez pas ! C’est un spectacle formidable !

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

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