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ELVIRE
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de Henry Bernstein
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Dans un salon au luxe élégant et feutré, au mobilier modern
style, aux grandes baies vitrées donnant sur un jardin, deux
hommes et une femme, fatigués par des mondanités, discutent
mollement de leurs succès et de leurs projets. Il y a là, le
maître des lieux, Jean Vilroy, un avocat à qui tout réussit, sa
maîtresse, Claudine de Gaige, prête à divorcer d’un mari qui
l’aime, et André Cormagnin, le rédacteur en chef du magazine
“Voir” qui veut privilégier l’image aux dépens des textes.
Nous sommes en 1939, au printemps, mais rien de ce qui se trame
hors des frontières ne semble tourmenter ces trois bourgeois dont
les propos superficiels trahissent la fultilité.
C’est à ce moment que le majordome annonce une visite, celle
de la Comtesse Elvire Siersberg qui arrive tout droit d’Autriche
où son mari a été interné après l’Anschluss.
Immédiatement, la jeune femme séduit les trois personnages par
son courage et son obstination à préserver son indépendance.
Ni Jean, ni André, pas plus que Claudine n’échapperont à l’influence
de cette présence quasi magnétique. Mais les deux premiers
sauront-ils faire taire leur machisme protecteur et infantilisant
? Et Claudine trouvera-t-elle la force de garder son intégrité ?
La pièce est passionnante à plus d’un titre. Bernstein
analyse la société bourgeoise française, juste avant la guerre,
et met le doigt sur de grands changements en devenir. Le rôle de
la femme ne sera plus jamais le même, on ne la fera plus taire,
tout comme on respectera ses capacités et la qualité de son
travail. Son rôle politique n’est pas encore à l’ordre du
jour, mais on sent bien qu’il ne tardera pas à l’être.
Patrice Kerbrat, metteur en scène de cette magnifique pièce,
a su choisir des acteurs épatants pour l’entourer. Ceux-ci,
avec mesure et sensibilité, donnent à cette pièce, nominée
sept fois aux Molières 2002, une réalité saisissante, une
réalité entrant étrangement en résonance avec notre époque
qui vit, elle aussi, dans l’expectative d’une guerre.
Jean-Pierre Bouvier prête son talent à Jean Vilroy, homme de
façade, plus préoccupé par son image que par sa vie
intérieure. Et Patrice Kerbrat, lui, fait d’André Cromagnin un
personnage plus nuancé, qui fait taire ses émotions et ses
élans du coeur, leur préférant le cynisme.
Du côté des comédiennes, force est de reconnaître la
qualité exceptionnelle de leur jeu. Anne Consigny, souple et
fine, sait manier son charme avec une grâce souriante et pleine
de fraîcheur. Quant à la Comtesse, sereine et courageuse, elle
est formidablement interprétée par Caroline Silhol,
bouleversante de justesse.
Une fois de plus, le Théâtre de Vevey nous a offert, avec
cette pièce, un spectacle de très haute qualité. Celui-ci
continue sa tournée en France jusqu’à fin mars.
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