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LA BOUTIQUE AU COIN DE LA RUE
de Miklos Laszlo
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Il est rare de voir une pièce de théâtre tirée d’un film
qui est, lui même, l’adaptation d’une oeuvre théâtrale. C’est
le cas de “La boutique au coin de la rue” de Miklos Laszlo,
visitée avec génie par le cinéaste Ernest Lubitsch (“The Shop
Around The Corner” avec James Stewart et Margaret Sullivan) en
1940 et dont Jean-Jacques Zilbermann a fait une adaptation et une
mise en scène époustouflante.
Budapest en 1930. La librairie Matutschek marche fort, menée d’une
main de fer par son propriétaire. Celui-ci sait pouvoir compter
sur Kralik, son premier vendeur, dont il espère pouvoir faire son
successeur. Or voici qu’un jour se présente à la porte du
magasin, une jeune femme, Klara, qui cherche du travail. Elle
réussit rapidement à faire la preuve de ses compétences et est
engagée au grand dam de Kralik qui voit en elle une dangereuse
concurrence.
Klara et Kralik sont comme chien et chat, et ce sera à qui
pourra porter un coup de griffe à l’autre. Mais chose amusante,
si tous les deux ont la même passion secrète pour un
correspondant épistolaire anonyme, aucun d’eux ne sait qu’il
s’agit de l’autre. De ce quiproquo va naître une série de
situations des plus cocasses, certes, mais aussi des plus tendres
et des plus délicieuses.
Le spectateur espère, et il ne sera pas déçu, que les deux
tourteraux vont se reconnaître mais il a de la peine à imaginer
comment. Cela d’autant plus que tout commence mal puisque Kralik
sera mis à la porte car il est soupçonné de fricoter avec
Madame Matutschek...
L’histoire, un rien désuette, pourrait déraper dans un
mélo insupportable, mais cela n’est pas le cas. Zilbermann
réussi à éviter tous les pièges outrageusement
mélodramatiques dans lesquelles Nora Ephron s’était embourbée
avec son film “You ‘ve a mail”, également inspiré (de loin
!) de l’oeuvre de Lubitsch. Il a su conserver les notations d’époque
qui font de ce drame une situation plausible. Que ce soient les
relations de maître à esclaves qu’entretient Matutschek avec
ses employés, les conditions de vie misérables de ceux-ci, la
précarité de leur emploi et leurs préoccupations, tout sonne
juste et vrai. Et puis, les élans du coeurs, lorsqu’ils sont si
admirablement soulignés par des dialogues enjoués, charmants et
virevoltants, ne peuvent qu’enthousiasmer.
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Une deuxième raison de cette réussite est probablement liée
au fait que Zilbermann est avant tout un réalisateur de film. Il
a donc donné une importance toute particulière au décor dont on
peut dire qu’il en a fait un des personnages les plus importants
de la pièce. En effet, grâce à la scène tournante réalisée
par Stéphanie Jarre, il lui a été possible de rythmer la pièce
comme il l’aurait fait avec une succession de plans filmés. On
passe ainsi de la rue à l’intérieur du magasin, puis dans le
bureau du patron ou dans le restaurant sans solution de
continuité.
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Une troisième raison, en fait la plus importante, tient dans
le jeu des acteurs. Marie Bunel est exquise dans son personnage de
Klara, vendeuse fine mouche, piquante, mais partagée entre des
sentiments contradictoires lorsqu’elle donne la réplique à
Samuel Labarthe, un Kralik déroutant de pudeur, de délicatesse
et de force discrète. Quant à Matutschek, bourru, autoritaire
pour ne pas dire tyrannique, il révèle un coeur d’or. Ce rôle
difficile à nuancer, Wojtek Pszoniak en fait une magistrale
interprétation.
Cette pièce qui a été primée de cinq Molières en 2002
(Meilleure création - Meilleur metteur en scène - Meilleur
décorateur - Meilleur créateur de lumières - Meilleur
adaptateur), ne devrait être manquée sous aucun prétexte. On ne
peut que remercier le Théâtre de Vevey et son directeur,
Philippe de Bros, toujours aussi clairvoyant dans ses choix, de
nous avoir fait le cadeau de ce magnifique spectacle.
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