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Chers Amis,

Si vous aimez l’Histoire, la satire politique, la philosophie et le libertinage, alors, ne manquez pas le dernier roman de Frédéric Lenormand : “La jeune fille et le philosophe“ (Arthème Fayard).

Ce dernier n’est autre que Voltaire, qui, dans sa demeure de Ferney, se propose d’accueillir en 1760, une jeune fille sans le sou qui n’a pour elle que son nom : Marie Corneille. Le grand homme, déçu dans un premier temps de n’avoir affaire qu’à une lointaine descendante du célèbre auteur dramatique, est séduit par l’heureux caractère de la jeune fille. Il décide donc qu’elle sera sa pupille et qu’il lui enseignera l’orthographe, la grammaire et des rudiments de philosophie.

Un peu effarouchée par cet homme, qui manie le verbe avec un humour cinglant, Marie, que Voltaire rebaptise Rodogune, va peu à peu prendre de l’assurance. Non seulement, elle se permet de répondre à son mentor, mais en plus, ô scandale, elle prend plaisir à lire, en cachette, les oeuvres de Rousseau. Il s’en suit une série de dialogues vitriolés des plus amusants.

 
Pastel de Voltaire par Maurice Quentin de La Tour

Marie Corneille ne s’arrête pas en si bon chemin. Pour suivre les préceptes de ce “bon Jean-Jacques” , elle va tout miser sur la qualité de sa vie et sur son bonheur. Bien sûr, celui-ci va passer par la découverte des joies sensorielles de l’amour au grand dam de son précepteur qui lui voue une authentique affection. Ne dit-il pas : “Au pied de mes rochers, au creux de mes vallons, pourrais-je regretter les rives de la Seine? La fille de Corneille écoute mes leçons et console à la fois mes douleurs et mes peines.”

Frédéric Lenormand, avec un sens extraordinaire de l’Histoire, mélange les textes authentiques de la correspondance de Voltaire avec une narration pleine de fantaisie qui met en scène les acteurs de l’époque. La verve de l’auteur, teintée d’un poil de misogynie, n’est pas sans rappeler celle de Jean-François Prévand qui, dans sa pièce de théâtre “Voltaire-Rousseau”, a provoqué la rencontre imaginaire des deux hommes. Tout est bon pour faire un bon mot et aucun des protagonistes ne résiste à la tentation d’en faire.


Voltaire à sa table de travail par Carmontelle

Peut-être vaut-il mieux retrouver le “pamphlétaire de l’affaire Callas”, confortablement installé dans un transat, à l’ombre d’une épaisse frondaison, avec une boisson rafraîchie, plutôt que sur une plage ensoleillée : une matière grise liquéfiée par des températures caniculaires est peu compatible avec la vivacité d’esprit de Frédéric Lenormand...

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

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