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Chers Amis,

Une chose est certaine : pouvoir crier sa haine ou sa colère, voilà qui procure “Un bien fou”. C’est précisément le titre du dernier roman d’Eric Neuhoff.

Un homme seul, désespéré et furieux prend la plume pour s’adresser à un célèbre auteur de roman, Sebastian Bruckinger. Comme il le dit lui-même, cette lettre, il l’a “écrite sans reprendre” son “souffle, la tête sous l’eau. Une apnée de deux cents huit feuillets”.

Un jour qu’il était sur une île au large de Rome, il a présenté Maud à ce romancier réputé pour être le plus mystérieux du Nouveau Monde, un homme qui se mettait à l’abri de la presse et qui n’avait plus rien publié depuis près de trente ans.

Insidieusement, le charme indéfinissable de l’homme de plume avait opéré sur Maud qui peu à peu s’était éloigné du narrateur jusqu’à le laisser choir. Celui-ci n’avait rien venu venir. Pour lui, Maud, était la femme idéale, la femme adorée, sans défaut, et jamais il n’aurait pu imaginer que leur relation prendrait fin.

La première déconvenue une fois digérée, la solitude explorée et les regrets épuisés, l’homme bafoué vit la jalousie montrer le bout de son nez., une jalousie incoercible ne pouvant trouver son apaisement qu’à travers la vengeance. Mais pas n’importe laquelle, une vengeance terrible dont un auteur à succès ne devrait pas se relever...

Ecrit dans un style très rapide et haletant, le récit surprend par la brièveté et la simplicité des phrases, simulant la respiration courte de l’homme en colère. Pour le lecteur, il y a quelque chose de très jouissif à participer à cette envolée furieuse et fielleuse d’un homme trahi. Le plaisir est d’autant plus grand qu’elle égratigne à l’envi le monde des stars qui font le beurre de la presse à sensation.

La relation amoureuse est très bien décrite avec tout ce qu’elle a d’enrichissant. Puis, décortiqués avec un bistouri manié de main de maître, viennent les éléments qui annoncent la rupture du couple : Maud se met à lire les romans de Bruckinger, alors qu’elle les a toujours dénigrés, elle décide de travailler à temps partiel, elle se rend peu disponible ou s’obstine à regarder la TV, et rentre de plus en plus tard.

Le ton enjoué, voire impertinent de ce livre épicé de quelques dérapages du langage liés à la haine, plaît immédiatement au lecteur qui n’a qu’une envie : ne plus être dérangé dans sa lecture ! Le jury de l’Académie française s’est d’ailleurs laissé prendre, lui aussi, puisqu’il lui a attribué son Grand Prix en 2001.

Amitiés

Jean-Marc de Wolff

 

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