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La femme du colon français
                                                       de John La Galite

Après “Je m’appelle Kate Crow”, “Le Lézard Vert” ou “Zacharie”, John La Galite s’était taillé une réputation d’auteur de thrillers aux scénarios diaboliques. Avec “La Femme du Colon Français”, il fait une incursion des plus réussies dans le monde du roman intimiste et nous révèle un talent insoupçonné pour explorer les coeurs.

Nous sommes à Alger, en 1950. Marie, institutrice, est une femme aussi charmante que pure, aussi intègre qu’idéaliste. Elle se voyait la femme d’un seul homme, la mère attentive de ses enfants. C’est ainsi qu’elle a épousé Denis Mauduit, le fils d’un riche propriétaire. Mais peu à peu, elle réalise qu’il n’est pas l’homme qu’elle croyait connaître. Brutal, taciturne, Denis est figé dans les attitudes machistes et colonialistes de son père. Le couple ne se parle presque plus et la situation est d’autant plus tendue que le médecin de la famille leur a annoncé que Marie était stérile.

Un accident de voiture va conduire Marie à l’hôpital et va lui permettre de prendre un peu de champ par rapport aux Mauduits et à leur domaine. Une fois soignée, elle décide de passer encore quelques jours chez Rosa, une couturière, qui l’héberge et qui va l’aider à faire le point sur sa situation. C’est à ce moment qu’elle rencontre David, un jeune Juif, dont elle tombe éperdument amoureuse. La trahison de la jeune femme est double : non seulement, elle trompe son mari, mais en plus elle le fait avec un Juif que, à cette époque, les Français méprisaient encore plus que les Arabes.

Lentement, mais sûrement, les fils de la tragédie se nouent. Alors que Marie a réintégré le domicile familial, elle éprouve quelques malaises. Le médecin lui apprend que, contre toute attente, elle est enceinte...

John La Galite

La vie algérienne de l’époque, les paysages de la campagne et des bords de mer, l’agitation des rues et les senteurs de la ville nous sont rapportés avec un grand souci de véracité et de précision. Cette netteté des décors donne un relief saisissant aux personnages dont la vie intérieure tourmentée est admirablement décrite. Celle-ci suit le cheminement sinueux d’une pensée errant à travers les passions, les hésitations, les doutes et les angoisses d’un avenir incertain.

Si le personnage de Marie occupe la plus grande partie du roman, les autres caractères ne sont pas oubliés pour autant. L’auteur nous livre leurs pensées et nous permet de les juger de manière plus nuancée que ne le fait l’héroïne. Denis, par exemple, n’est pas le monolithe intransigeant que voit son épouse, mais un homme qui n’a pas su se libérer du carcan familial et qui remâche l’amertume de n’en avoir jamais eu le courage.

Ainsi, comme un peintre qui, de touche en touche, corrige l’impression visuelle que donne son tableau, John La Galite juxtapose les sentiments des protagonistes et compose ainsi une fresque délicate où les mouvements de l’âme nous sont dévoilés avec une perspicacité étonnante et, à certains égards, quasi féminine.

A lire sans tarder.


Paru aux Editions Plon en 2001 et France Loisirs en 2002

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