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Chers Amis,

Un jour ou l’autre, vous avez certainement savouré une sauce épicée dont on vous a dévoilé après coup qu’elle contenait du sucre ou, au contraire, un dessert qui était relevé avec de la moutarde. Cette surprenante mise en évidence des sensations par leurs antagonistes n’est pas limitée à la cuisine, certes, mais le domaine où on s’attend le moins à la trouver est bien la littérature.

Le livre que je viens de fermer avec nostalgie apporte ce genre d’expérience rare et je dois avouer qu’il a exercé sur moi une espèce de fascination hypnotique dont j’ai de la peine à me défaire, ou plutôt dont je n’ai pas envie de sortir...

L’histoire est belle, de celles qui font battre les coeurs. Un vieux médecin, le docteur Lodran, fils d’un planteur et d’une esclave haïtienne, se bat contre le choléra dans le Paris de 1832. Il le fait avec générosité sans égard à l’origine ou à la couleur de la peau de ceux qui ont besoin de lui pour échapper à la mort.

Une jeune fille, Céleste, belle et fraîche, observe Lodran de loin et en tombe peu à peu amoureuse. Elle n’a que quinze ans et demi et apprend la peinture chez son oncle, le peintre paysagiste Paul Huet, qui se trouve être un ami d’Alexandre Dumas. Un jour, Lodran et Céleste se croisent : c’est le début d’un grand amour.

Nous sommes en pleine Monarchie de Juillet. Paris vit des heures tourmentées sur le plan politique et la maladie partout présente n’arrange rien. Mais il en faudra plus pour mettre cet amour à l’épreuve. La méchanceté et la sottise qui, malheureusement, ne sont jamais loin, s’en chargeront... Céleste, l’idéaliste, et Lodran, l’humaniste, réussiront-ils à leur faire face ?

“Céleste” est une oeuvre magnifique que nous devons à Martine Le Coz. Celle-ci nous charme par une langue délicieuse et inventive. Les phrases, longues et souples, sont travaillées comme le seraient des volutes taillées dans un morceau de bois dont on oublierait la substance première pour ne percevoir que la perfection des formes et la caresse de la matière polie. Quant au choix des mots, il nous surprend au premier abord tant il semble contraire à l’usage habituel, puis, donnant un relief saisissant aux descriptions de Martine le Coz, il enflamme notre imaginaire.

L’atmosphère de l’époque est très bien rendue, ce qui fait de “Céleste” (Edition du Rocher) un roman historique très réussi, rehaussé d’une belle histoire d’amour. Il vous enchantera sans aucun doute comme il a su le faire pour le jury du Prix Renaudot qui lui a attribué sa distinction cette année.

Bonnes fêtes !


Georges de La Tour : "L'adoration des bergers"

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

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