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Chers Amis,
Voici deux peintures dont je vous mets au défi de me dire
combien de temps les séparent.
Si vous avez deviné qu’il n’y a que 28 ans, vous êtes
forts. Mais vous l’êtes davantage encore si vous avez repéré
qu’elles sont dues au même artiste : William Turner (1775 -
1851). Cent quatre-vingt de ses oeuvres sont exposées au
Kunsthaus de Zürich jusqu’au 26 mai 2002.
Ses peintures sont étonnantes de vivacité et d’invention.
Elles nous séduisent tout particulièrement par leur lumière.
Celle-ci est si intense que le spectateur a parfois l’impression
d’être ébloui. C’est tout particulièrement le cas dans
cette peinture à l’huile intitulée “Regulus” où le soleil
lui fait face.

Turner est considéré comme le plus grand aquarelliste du 19ème
siècle. Cette exposition nous montre que sa maîtrise de
l’huile n’est pas moins exemplaire. De plus, il semble
explorer des domaines qui ne sont pas encore défrichés, en
particulier une espèce d’impressionnisme avant la lettre, telle
qu’il l’exploite dans cette peinture intitulée “Mer tempétueuse
avec des dauphins”.

Une anecdote nous est rapportée par un de ses contemporains,
le peintre R.V. Rippingille qui, avec d’autres, le regardait
travailler. Il raconte que durant trois heures, Turner
peignit sur sa toile sans jamais s’en éloigner pour en apprécier
l’ensemble. Puis il corrigea sa peinture avec un couteau, de
petits pinceaux et même avec les doigts. Ceci étant fait, il
referma sa boîte de peinture et s’en alla sans jeter le moindre
coup d’oeil à son oeuvre. Daniel McLise, un des observateurs présents,
aurait déclaré : “Voilà, c’est magistral, il ne s’arrête
pas pour regarder son travail. Il “sait” que c’est fini et
il s’en va.”
La dextérité du peintre est évidente, tout comme le parfait
équilibre de ses compositions. Ce qui est étonnant, c’est la
fascination qu’ont exercée sur lui les catastrophes naturelles
et la manière extraordinaire dont il rend les impressions qui
semblent avoir été les siennes à ces moments-là.
“L’incendie du Parlement” tout comme “L’avalanche dans
les Grisons” en sont des spécimens très explicites.
Dès le début de sa carrière, on sent qu’on a affaire à un
peintre hors du commun. Un coup d’eil à l’autoportrait
qu’il a réalisé à 24 ans donne une idée de sa précoce
maturité.

Il en est de même pour la première peinture à l’huile
qu’il ait jamais exposée : “Pêcheur en mer”, réalisée en
1796, alors qu’il avait que 21 ans. Le réalisme de cette
oeuvre empreinte de romantisme, avec cette lumière lunaire
s’accrochant à l’écume des vagues, est tout simplement
prodigieux.

L’exposition est très fréquentée, aussi vaut-il mieux, si
cela est possible, la visiter en semaine.
Amitiés.
J.-M. de Wolff
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