BERTHE MORISOT
ou la féminité dans la fraîcheur de l'ombre
Tout le monde ou presque connaît le tableau intitulé
"Femme et enfant au balcon" et rares sont ceux qui ne
sont pas séduit par cette oeuvre de Berthe Morisot. Avec une
délicieuse effronterie, l'artiste ne nous montre que le dos de
ses modèles sans pour autant renoncer à nous dévoiler les
détails suggérant la personnalité de ceux-ci.

Selon les spécialistes, il s'agit d'Edma Pontillon, la soeur
de l'artiste, et de sa nièce, la petite Paule Gobillard. Toutes
deux semblent attendre quelque chose sur la terrasse. Probablement
une voiture venant chercher Edma, qui, pour l'occasion, est vêtue
de noir. L'histoire ne nous dit pas si elle est invitée à une
soirée. Paule, quant à elle, a toujours son tablier et ses
chaussures éculées. Elle va rester à la maison.
Indifférente au spectacle que lui offrent la Seine et le dôme
des Invalides, Edma, rêveuse, semble écouter le babil de sa
nièce. La composition de l'oeuvre est impressionnante car elle
fait fi des grands principes picturaux classiques. Tout d'abord,
elle privilégie un pilastre massif au premier plan dans le but de
contrebalancer la masse sombre de la robe d'Edma. Ensuite, elle
met en opposition la perspective d'une balustrade composant une
diagonale descendante - nostalgique - avec une diagonale à
dynamique heureuse suggérée par le buste de la jeune femme. Il
en résulte une ambiance ambivalente oscillant entre l'ennui et
l'espoir d'une venue qui va y mettre fin.
La robe d'Edma est magnifique avec ses voiles de mousseline lui
donnant une élégance aérienne qui souligne la pose gracieuse de
la jeune femme. Quant au profil de celle-ci, fin et délicat, il
nous révèle un visage charmant.
Le temps semble suspendu et nous n'aurons qu'un regret : ne pas
connaître la mystérieuse destination de cette si jolie Edma.
Fort heureusement, à la Fondation Gianadda, d'autres portraits de
femmes peints par cette artiste exceptionnelle nous distraient de
notre déconvenue. Leur incitation à nous abandonner à notre
imagination n'est pas moindre.

Berthe Morisot qui ne dénude jamais ses modèles, réussit à
nous faire deviner des détails piquants de leur féminité. Un
observateur attentif découvrira les formes d'une jambe fine sous
un jupon, les éléments d'une dentelle qui déborde d'un
décolleté évoquant des dessous affriolants ou encore le
caractère coquin d'un ruban barrant un cou gracile.

Les femmes de Berthe Morisot cherchent l'ombre et la fraîcheur
pour vaquer à leurs occupations : cueillette de fleurs,
surveillance d'un enfant, repos au bord de la mer ou sur un
balcon. Tout invite au calme et à la sérénité.
Le plus difficile est de quitter cette exposition dévolue au
charme et à la féminité pour regagner la rue. En effet, il va
falloir affronter le spectacle que nous inflige le denim
décoloré...
"Berthe Morisot" à la Fondation Gianadda jusqu'au
19 novembre 2002.
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