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Chers Amis,

Le jury du Festival de Cannes a primé “Yi Yi” d’Edward Yang pour la mise en scène, et je pense qu’il ne pouvait pas faire moins. En effet, nous sommes ici devant une oeuvre dont l’originalité ne se trouve pas seulement dans le propos mais aussi dans le mode d’expression.

L’auteur nous présente une fresque de la vie quotidienne d’une famille de taïwannais et de ses voisins. Par des cadrages volontairement trop larges et des plans fixes, Edward Yang nous invite à rester à distance de ce petit monde pour mieux l’observer comme le ferait un entomologiste examinant des insectes sous sa loupe ou comme le ferait - le film nous le montre - un père observant son enfant nouveau-né derrière la vitre de la nursery. 

L’histoire qui nous est contée est celle d’un homme de cinquante ans, NJ, qui vit un temps de crise : sa belle-mère vient de tomber dans le coma, sa femme, bouleversée par ceci, se réfugie dans un temple bouddhiste et son entreprise d’informatique boit le bouillon. De plus, il retrouve, par hasard, la femme qu’il a aimé platoniquement dans sa jeunesse. Il va profiter de ce chaos psychologique pour faire les comptes de ce que lui a apporté la vie.

Renonçant au flash back, Edward Yang illustre très habilement la narration de son héros par des scènes actuelles de la vie des enfants de celui-ci, soit Ting-Ting, une jeune fille à l’heure des premières amours et Yang-Yang (dont le nom n’est pas par hasard celui du réalisateur), un petit garçon de 8 ans à la frimousse lumineuse. Coquin à ses heures, il a des idées sur tout, des idées qui sont souvent les réponses aux questions existentielles de son père...

Les trois heures de ce film socio-philosophique, souvent malicieux, passent vite car, d’une part, l’émotion, oscillant intelligemment entre tragédie et comédie, y est toujours sous-jacente, et, d’autre part, l’esthétisme des images et le subtil mode de penser de l’auteur nous fascinent.

Bon film !  

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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