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Chers Amis, 

Le cinéma vit des heures de grâce en cet automne. Je ne me souviens pas , en effet, avoir vu autant d’excellents films dans une période aussi brève : “The Yards”, “In the Mood for Love”, “Gods and Monsters”, “Fast Food Fast Women”, “Au nom d’Anna”, “Tigres et Dragons”, “Nurse Betty, “Dancers in the Dark”, et maintenant “The Virgin Suicides” de Sofia Coppola.

Cette jeune femme de 29 ans, d’une maturité étonnante, nous donne une oeuvre si aboutie qu’on pourrait suspecter son père (Francis Ford Coppola) de l’avoir aidée. Et quand bien même cela serait...

Ce film nous restitue les souvenirs fantasmatiques, trop beaux, trop lisses, qu’ont vécus, 25 ans plus tôt, cinq adolescents. Sur une musique fluide teintée des accents propres aux années 70, nous nous laissons séduire par la fascination quasi hypnotique qu’exercent les cinq soeurs Lisbon, jeunes filles belles et diaphanes, gardées jalousement par une mère puritaine à l’excès (Kathleen Turner) et un père lâche et farfelu (James Wood). Alors que les images gardent une fraîcheur qu’un David Hamilton n’aurait pas dédaigné, la voix off raconte une autre histoire : la souffrance, derrière les sourires, de cinq soeurs qu’une folie contagieuse travaille au corps et à l’âme jusqu’à l’insupportable, le désespoir de cinq déesses inaccessibles enfermées dans un microcosme sans sortie de secours.

A l’opposé du découpage souvent haché que nous proposent les grandes productions américaines actuelles, Sofia Coppola réussit un montage minutieux, à la douce lenteur maîtrisée, où chaque plan compte et trouve son sens dans un puzzle subtilement construit.

A ne pas manquer ! Cette tragédie aigre-douce est une oeuvre forte, qui  par l’universalité de son propos, ne laisse pas indifférent.

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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