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Chers Amis,
Décidément les Français savent mieux que personne parler des
affaires familiales sur fond de psychologie. Pour preuve, je vous
propose le film d’Anne Fontaine : “Comment j’ai tué mon père”.
Jean-Luc est un homme comblé. Médecin spécialisé en gérontologie,
il est marié à une femme ravissante, Isa, qui ne peut pas lui
donner d’enfant. Par ailleurs, il a une maîtresse, une villa
avec piscine, une clinique pour clientèle argentée, une Mercedes
de haut niveau et un chauffeur en la personne de son propre frère
qui est artiste à ses heures perdues. Alors que la bonne société
de l’endroit le fête pour l’excellence de ses soins, il voit
apparaître dans l’assistance une silhouette qu’il reconnaît
entre toutes : celle de son père, Maurice.
Le choc est d’autant plus grand pour Jean-Luc qu’il ne
l’a plus vu depuis au moins 25 ans, soit depuis l’époque où
son père a abandonné femme et enfants pour d’autres cieux. Le
jeune médecin, sous la pression de sa femme, invite son père à
loger dans leur maison.
Maurice s’adapte rapidement à la vie dans cette maison de maître.
Il s’y sent chez lui et observe ce qui s’y passe avec un petit
sourire que son fils interprète comme de la moquerie. Le décalage
entre les deux hommes nous apparaît peu à peu : Jean-Luc essaie
de conserver l’apparente jeunesse de la jet set de la région
alors que Maurice, médecin également, revient d’Afrique où il
a lutté contre la misère. La tension intérieure de Jean-Luc croît
rapidement. Plus son père est apprécié par Isa et tous ceux qui
le rencontrent pour son attitude souriante et sa capacité d’écoute,
plus il se montre exécrable et plus il se laisse envahir par une
colère rétrospective contre son géniteur.
Les deux hommes parviendront-ils à se parler ? Qu’est ce qui,
de l’amour ou de la haine, l’emportera ? Pourquoi, enfin,
Maurice, qui fut si longtemps absent, est-il revenu ?
Anne Fontaine a construit son film avec intelligence et
minutie. Il est constitué d’une multitude de scènes qui
s’emboîtent les unes les autres et qui finalement nous
permettent de reconstituer l’histoire de cette famille. Puzzle
parfait, il ne compte pas une seule pièce qui n’ait son utilité.
Pour rendre la narration plus attrayante, Anne Fontaine interrompt
l’action habilement par des monologues dits par le frère de
Jean-Luc dans le cadre d’un spectacle de cabaret.
Les acteurs sont fabuleux, en particulier, Michel Bouquet avec sa
présence inquiétante et son sourire qui ne l’est pas moins,
Charles Berling dont le regard lointain renforce la présence
d’un personnage à la vie intérieure intense et Natacha Régnier
dont le visage lisse au sourire amer laisse entrevoir l’immense
détresse de l’épouse trompée.
Rien dans cette oeuvre n’est laissé au hasard. L’ambiance
un peu froide, qui règne sur le drame qui se noue, souligne le
jeu très réservé et énigmatique de Michel Bouquet. De plus, la
musique de Jocelyn Pook, musique digne d’un polar, contribue à
nimber ce film d’un mystère piquant.
Amitiés
J.-M. de Wolff
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