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Chers Amis,
Vivre avec une adolescent qui vous vide votre frigo, met
à mal votre cave, consomme les biscuits que vous destiniez
à vos visites, laisse tout traîner, encombre votre salle de bain
avec son linge sale, abandonne la cuisine sans ranger les papiers
gras, bref un adolescent qui se sent le maître partout chez vous,
c’est difficile, très difficile à supporter. Mais lorsque cet
adolescent “oublie” de quitter le domicile familial et s’y
complaît à plus de 28 ans, alors vous vivez un petit enfer au
quotidien.
C’est de cela qu’il est question dans le
dernier film d’Etienne Chatiliez : “Tanguy”. Dans un premier
temps, seule la mère somatise l’exaspérante situation de ce
fils qui envahit ses parents. Puis, n’en pouvant plus, elle va
en parler à son psy avant de piquer une bonne crise de nerfs au
cours de laquelle, elle avouera à son mari qu’elle ne peut plus
supporter la présence de son fils.
Celui-ci, pourtant, est un garçon charmant, intelligent, spécialiste
en langues orientales et excellent connaisseur de la philosophie
chinoise. Il sait qu’en ayant la possibilité de vivre chez ses
parents alors qu’il mène de longues et interminables études
est un privilège. Il se doute que ses parents aimeraient lui voir
les talons, toutefois, il ne peut vivre sans eux. Tout bêtement,
il les aime avec un enthousiasme proportionnel à la haine qu’il
fait peu à peu sourdre dans le coeur de ses parents.
Mais comment faire pour encourager Tanguy à quitter la maison,
sans pour autant le mettre à la porte et surtout sans ressentir
d’épouvantables remords. Dans un premier temps, les parents de
Tanguy vont...
Le film est trop amusant pour que je vous en dévoile les
ressorts ! Allez le voir, ou plutôt, courrez-y, vous y trouverez
de quoi faire travailler vos zygomatiques !
Ce film est en effet très drôle. Il fait penser par bien des
aspects à la pièce de théâtre “Enfin seuls”, dans
laquelle, Catherine et Claude Rich ont fait un malheur dans les
années 80. Il s’agit d’un couple qui voit le quatrième et
dernier enfant quitter la maison. Déjà, ils s’apprêtent à déboucher
une bouteille de champagne quand le premier enfant se manifeste, désirant
regagner le domicile familial parce que son amie l’a mis à la
porte. Avec une sens du rebondissement épatant, l’auteur réussit
à faire en sorte qu’à la fin de la nuit les quatre enfants
sont de retour. Les parents font un peu la tête. Mais les
enfants, qui, comme souvent, ont tout compris, sont sûrs que
leurs géniteurs se querellent et sont heureux d’être revenus
pour leur proposer leur médiation...
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Le film d’Etienne Chatiliez est très bien réalisé. Le montage
ne souffre d’aucune longueur et souligne le subtil dérapage de
la situation. Celui-ci nous permet d’explorer les différents
aspects de la relation quasi fusionnelle qui existe entre Tanguy
et ses parents. Et ce qui déclenche notre rire tient à
l’universalité du sujet.
Encore un petit mot pour louer les acteurs. Eric Berger, ce
Tanguy suffisant, exaspérant ou touchant selon les moments,
tout comme Sabine Azéma et André Dussolier, dans les rôles de
parents poussés à bout et hantés par leur mauvaise
conscience sont sensationnels de réalisme, au point que parfois
on pourrait en oublier que c’est du cinéma !
Amitiés.
J.-M. de Wolff
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