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Chers Amis,
Alors que la foule faisait la queue pour un médiocre film américain
mettant en valeur un couple d’acteurs aux patronymes homophones,
nous n’étions que deux pour voir l’excellent film italien de
Ferzan Ozpetek : “Tableau de famille”. Ne perdez donc pas une
minute pour aller le voir, l’exploitant de la salle pourrait bien
se décourager...
Antonia, médecin dans la quarantaine, mène une vie heureuse et
surprotégée avec son mari, Massimo, un riche homme d’affaires.
Ils habitent une superbe demeure à Rome et rien ne semble devoir
porter ombrage à ce bonheur quiet.
Un jour pourtant, alors qu’Antonia donne ses consultations, un
coup de téléphone brise tragiquement cette sereine harmonie :
Massimo vient de se faire renverser par une voiture et,
malheureusement, il n’a pas survécu au choc !
Antonia est effondrée. Elle s’enferme dans sa belle maison et
ne voit plus personne si ce n’est sa mère qui lui a imposé sa présence.
Par hasard, la veuve éplorée découvre un tableau encore emballé.
Lorsqu’elle s’apprête à le mettre au mur, elle découvre, au
verso, une inscription peu sibylline qui lui laisse entendre que
Massimo avait une liaison passionnée, et ce, depuis sept ans.
Une rapide enquête lui permet de rencontrer l’auteur de cette dédicace
: Michele, un homosexuel. Dans un premier temps, l’incompréhension
aura le dessus. Mais peu à peu, Antonia va découvrir un monde dont
elle n’imaginait pas qu’il put être celui de son mari : une
communauté constituée de gays, de transsexuels, d’immigrés dont
l’accueil chaleureux associé au charme de Michele, aura tôt fait
de la séduire.
Pour Antonia cette nouvelle situation sera l’occasion de faire
le point sur sa vie et de réviser sa manière de juger
l’homosexualité et la marginalité. Elle va comprendre que les
amis de son mari peuvent devenir les siens et que, derrière des
masques de joyeuses fanfaronnades, ils cachent des êtres de chair
et de sang qui, comme tout un chacun, vivent joies et peines,
bonheurs et souffrances.
Au fur et à mesure qu’ils passent des moments ensembles,
Antonia et Michele réalisent qu’ils ont une espèce de parenté,
celle que pourrait leur donner le fait d’avoir été aimés par le
même homme. Mais si leurs sensibilités se ressemblent, leur
rencontre a-t-elle un avenir ? Et dans l’affirmative, lequel ?
Une chose est sûre : rien de tout ce qu’Antonia est appelée
à vivre n’est inutile. Nous la voyons peu à peu mûrir et
apprivoiser une dimension nouvelle, une dimension indispensable à
ce qui se prépare en elle...
Les acteurs sont fabuleux, aussi bien Stefano Accorsi, un Michele
parfaitement dans le ton évitant magistralement la caricature, que
Margherita Buy, une Antonia sensible, émouvante et vraie.
Quant à la musique d’Andrea Guerra, elle m’a emballé : le mélange
des genres turcs, technos et italiens est une idée géniale.
Amitiés.
J.-M. de Wolff
P.S. : “Tableau de famille” est le troisième film de Ferzan
Ozpetek. Il faut souligner que “le syndicat national des critiques
de cinéma en Italie” lui a attribué les prix d'interprétation
masculine et féminine, et le prix du meilleur film.
En 1997 et 1999, Ozpetek présentait “Hammam” et le
“Dernier Harem”, tous deux étant des productions turques.
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