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Chers Amis,

Les marivaudages au cinéma ne sont pas nombreux. Quant à ceux qui nous enthousiasment par leur pétillante intelligence, ils sont très rares. “Va savoir”, le dernier film de Jacques Rivette en est précisément un de plus beaux spécimens.

Une troupe de théâtre italienne vient à Paris pour y donner “Comme tu me veux” de Pirandello. Parmi les acteurs, Camille, une actrice française d'origine, compagne d’Ugo, le metteur en scène, retrouve la capitale française après un exil de trois ans consécutif à des déboires amoureux. 

Or, caprice de l’âme, elle décide de revoir Pierre, son ancien amour. Parallèlement, Ugo, passionné par l'oeuvre de Goldoni, est sur la trace d’un manuscrit qui se trouverait à Paris. Dans ses recherches, il rencontre Do, une femme aussi jeune que belle et désirable.

Rivette joue avec le spectateur comme avec ses personnages. C’est ainsi qu’il fait en sorte que le demi-frère de Do séduise Sonia, l’actuelle épouse de Pierre. On le voit, les fils de l’intrigue, où interviennent ces six protagonistes, se tressent subtilement pour notre plus grand bonheur, car si le sujet est grave, l’humour et la fantaisie ne sont jamais loin.

Pour nous conter l’histoire, l’auteur fait référence à la pièce de Pirandello dont les scènes servent de joints entre les diverses situations que les personnages se voient imposées. Avec virtuosité, ils sauront se tirer des pires chausses-trappes que leur réservent les jeux de l’amour et de la jalousie. Farfelus, un rien décalés, ils réagissent avec bonne humeur aux contrariétés de leur quotidien et surtout ils trouvent la force de sublimer une haine souvent légitime en tendresse.

Au fur et à mesure que se déroule le film, les situations sont de moins en moins vraisemblables jusqu’au moment où elle deviennent carrément surréalistes. Mais là, démiurge astucieux, Rivette s’arrangera pour que nous ne sachions plus vraiment  où nous sommes. Encore dans le monde réel ou déjà dans celui de la fiction théâtrale ? Va savoir...

Les acteurs sont fantastiques, aussi bien Jeanne Balibar, l’amoureuse versatile à la voix délicieusement voilée, que Sergio Castellito, le séducteur latin irrésistible, Hélène de Fougerolles, la nymphe craquante, Marianne Basler, la danseuse fragile et secrète, Jacques Bonnaffé, le professeur de philo compliqué, ou encore, Bruno Todeschini, l’obscur et charmant voleur.

Le film est long (2 heures 34) mais on ne s’ennuie pas une seule seconde ! A voir !

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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