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Respiro
de Emanuele Crialese
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Lampedusa est une petite île de la Méditerranée qui semble
avoir échappé à l’agitation du monde. La mer est calme, le
ciel est bleu et la population de pêcheurs, peu respectueuse de
sécurité et d’écologie, roule sans casque sur des Vespas
pétaradantes. Les hommes sont tous des machos invétérés
laissant aux femmes les seules libertés de s’occuper de la
maisonnée et de faire la causette entre elles. Emanuele Crialese
rend compte de ce petit monde clos avec des images aux couleurs un
peu délavées, les rendant intemporelles.
Mais ce qui fait le charme de la vie, c’est que dans tout
système, il y a une faille. Ici, elle s’appelle Grazia, une
jeune et jolie femme, qui a de la peine à s’adapter aux règles
sociales étriquées de l’île. Elle a trois enfants, qu’elle
adore et dont elle est plus l’amie que la mère. Son mari, elle
le chérit comme un amant et le fait que celui-ci soit
indisponible parce qu’il discute avec les hommes sur la place du
village lui est insupportable.
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Pour la communauté, Grazia est une femme immature, une piètre
épouse et une mauvaise mère, dont il faudrait se défaire. Un
jour, Grazia ne voyant pas revenir un de ses chiens, réalise que
son mari l’a fait disparaître. Furieuse, elle va se venger,
bouleversant l’ordre établi dans la collectivité. Cette
dernière aura, dès lors, une bonne raison d’éloigner cette
brebis galeuse en l’envoyant se faire soigner au loin, à Milan.
Mais Grazia a plus d’un tour dans son sac et, surtout, elle sait
qu’elle peut compter sur le soutien de son fils aîné pour l’aider
à disparaître...
“Respiro” est une fable. Très influencé par le courant
néo-réaliste du cinéma italien, ce film, sait en prendre
distance pour se situer dans un univers mystique où l’on sent
que le miracle n’est pas loin. Et comment en serait-il autrement
dans une communauté qui place toute sa foi dans la Vierge ?
Les enfants ont une très grande place dans cette oeuvre.
Rafraîchissants, leurs discours nous amusent tout d’abord,
puis, peu à peu, nous inquiètent par le machisme qu’ils
véhiculent dès le plus jeune âge. Heureusement, il y a Grazia
et son aura libertaire pour nous faire espérer dans un avenir
meilleur et surtout plus attentif à l’autodétermination de la
femme.
Valeria Golino est cette héroïne exceptionnelle, à la fois
touchante par sa fragilité et forte par son opiniâtreté à
défendre sa liberté. Tour à tour, farouche, sensuelle,
ensorcelante, tendre, rebelle et fière, elle séduit le
spectateur et le rend complice.
Les images de la mer sont superbes, en particulier, celles où
l’on voit, à la tombée du jour, la crêtes des vagues
illuminées par les feux allumés sur le rivages. Symboliquement,
le plan d’eau horizontal coupé par la verticalité des flammes
semble nous dire que la magnificence des lieux est dans une
relation métaphysique avec son créateur.

“Respiro* a remporté le Grand Prix de la Semaine
Internationale de la Critique, le Prix du Public et le Prix de la
Jeune Critique. De plus, ce film a été présenté dans plusieurs
autres festivals en 2002, dont celui de Toronto, en sélection
officielle, et celui de San Sebastian, dans la section “Perles
des Festivals”.
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