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Chers Amis,

Vous l’avouerai-je ? Je suis sorti un peu ébranlé - et le coeur entre les dents - du dernier film de Michael Haneke : “La Pianiste”. Cette oeuvre traite de la domination que peuvent exercer des êtres les uns sur les autres avec une violence que je n’ai rencontrée que fort rarement au cinéma.

Erika Kohut est une pianiste virtuose qui donne des cours au Conservatoire de Vienne. Perfectionniste, elle traite tous ses élèves avec une rigueur et une absence d’empathie manifeste allant jusqu’au mépris ravageur des personnalités. Ce trait de caractère, loin de la mettre au ban de la profession, semble plutôt en faire un “monstre sacré” craint, certes, mais vénéré. Voilà pour la face claire de ce personnage.

La face sombre est terrifiante : Erika utilise la même énergie que celle qui lui permet d’atteindre la perfection musicale pour plonger, lorsqu’elle a quitté le Conservatoire, dans une perversité extrême  qui fait la part belle au voyeurisme, aux obscénités et aux relations sado-masochistes.

Désespérée par sa personnalité ambivalente et par son inaptitude à aimer, elle se rend haïssable par tous, en particulier par sa vieille mère, qui, d'ailleurs, le lui rend bien.

Or, un jour, un jeune homme, Walter, rencontre Erika à une audition privée. Il en tombe immédiatement follement amoureux. Il décide donc de s’inscrire à ses cours quitte à négliger ses propres études. Il va utiliser tout son charme nonchalant pour séduire Erika. Walter va y parvenir mais, derrière le visage angélique de son glacial professeur, il va découvrir de quoi lui faire perdre pied...

 

Haneke - c’est ce qui fait la force de son film - réussit à nous faire toucher ce que la condition humaine a de plus grandiose comme ce qu’elle a de plus misérable au travers de situations apparemment banales. Par un montage alternant les scènes de crises et de calme, il parvient à nous faire espérer jusqu’au bout qu’Erika ne soit pas aussi mauvaise qu’elle en a l’air. Et puis l’amour généreux, plein de fougue et de jeunesse, de Walter ne pourrait-il pas avoir un pouvoir rédempteur ?

Réponse sur le grand écran !

La mise en images est excellente : décors simples où l’on sent la grandeur passée de Vienne, éclairages naturels et maquillages discrets donnent une grande véracité aux situations. Quant à la musique de Schubert, elle offre, par son équilibre et sa splendeur, un curieux contrepoint aux tourments de l’âme de l’héroïne.

ATTENTION : Ce film ne manque pas d’humour, mais ce n’est pas sa qualité première. Pour sonder les âmes Haneke n’hésite pas à mettre les corps dans des situations CHOQUANTES !

Cette oeuvre a obtenu, à Cannes, le Grand Prix et les Prix d’interprétation féminine pour Isabelle Huppert et masculine pour Benoît Magimel. Il serait injuste de ne pas mentionner la prestation exceptionnelle d’Annie Girardot en mère acariâtre mais si touchante d’humanité.

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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