retour au sommaire

 

 

 

 

Chers Amis, 

Troublé, rêveur et ravi. Voilà l’état dans lequel je suis en sortant du cinéma où est projeté “Parle avec elle”, le dernier fim de Pedro Aldomovar.

C’est l’histoire d’une amitié virile entre deux hommes. Le premier, Marco, est journaliste, a beaucoup voyagé et a passé sa vie à observer les autres en grand nombre. Le second, Benigno, infirmier, a vécu l’essentiel de son existance dans les jupes de sa mère limitant son univers aux soins qu’il prodiguait à cette dernière.  Tous deux ont rencontré la femme de leur vie, le premier, une torera, Lydia, et le second, une danseuse, Alicia.

 

Alors que tout semble les séparer, ces deux hommes sont réunis dans la même clinique pour une raison similaire : la femme, que chacun d’eux aime, a sombré dans un coma exrême dont la médecine s’avoue impuissante à les sortir. Si les deux hommes adorent leur femme, leurs histoires d’amour n’en sont pas au même stade. Benigno en est à l’aube, Marco au crépuscule.

Pour Benigno, le contact physique et verbal a toutes les chances de rappeler sa belle à la vie. Marco, dont l’optimisme est usé par une vie mouvementée, n’y croit pas...

 

De flashs backs en histoires symboliques, Aldomovar évoque l’évolution des rapports entre ces quatre personnages touchants parce que vrais. Si l’on se réfère aux films précédants du réalisateur madrilène, force est de constater que les femmes y ont toujours trouvé la part belle. Ici, comme en négatif, les femmes, parce qu’elles sont entre la vie et la mort, sont pratiquement absentes, mais on ne parle pas moins d’elles pour autant. Cette astuce leur donne encore plus d’éclat de même que l’éventualité de leur décès les rend plus indispensables.

De manière récurrente dans son oeuvre, Aldomovar s’interroge sur les femmes, l’amour, l’amitié, la mort, la maternité et la solitude. Ici, il ne fait pas exception. Pourtant les moyens utilisés pour le faire sont autres. Il abandonne le côté kitsch, burlesque et provocateur de ses premières comédies pour leur préférer une narration délicate, sobre et un rien nostalgique.

 

Les comédiens de ce mélodrame ne nous sont pas connus, mais leur prestation les a définitivement fait sortir de leur anonymat : ils sont tous excellents. Javier Camara joue un Benigno tendre, rêveur et fragile sans aucune fausse note. Quant à Dario Grandinetti (Marco) il entre dans la peau du journaliste avec une sensibilité finement nuancée. Les femmes, quoique leurs partitions soient réduites, ne nous laissent pas indifférents par leur présence, leur charme et leur beauté. Rosario Flores, en particulier, interprète d’une manière fabuleuse une fière torera exerçant son art avec une sauvage détermination.

Enfin, la qualité de la musique du film mérite d’être soulignée tout comme la trop courte  mais combien merveilleuse participation de Caetano Veloso qui chante “La Pamela”.

A voir et à revoir...

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

retour au sommaire