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Loin du Paradis 
                              de Todd Haynes

Nous avions connu Julianne Moore jouant la femme manipulatrice et perverse dans “Un Mari Idéal”, voici que nous la découvrons lumineuse de gentillesse dans un rôle taillé sur mesure pour elle.

Nous sommes en 1957 dans la petite ville de Hartford dans le Connecticut. Frank Whitaker est un responsable marketing connu et respecté de la maison Magnatech. Son épouse Cathy lui a donné 2 enfants, beaux et intelligents et tout semble pour le mieux pour ce couple que tout le monde envie. Cathy dirige avec maestria sa jolie maison et se montre d’une grande humanité pour sa cuisinière et son jardinier, tous deux noirs.

Un jour, Cathy désireuse de faire une surprise à son mari qui a du rester au bureau pour son travail, lui apporte un plat chaud. Mais quelle n’est pas sa déconvenue lorsqu’elle découvre que Frank est en train de donner un long baiser et ce dans une tenue que la morale réprouve, à un... homme.

La jeune femme croit bien que le ciel lui tombe sur la tête. La société américaine de cette époque, en particulier celle de la riche bourgeoisie, ne tolère pas ce genre de dérapage. Frank qui aime toujours Cathy, pour parer à une récidive, va aller trouver un psy pour soigner ce que l’on qualifiait en ce temps-là de “maladie”. Mais l’attrait des hommes s’avère toujours plus fort, toujours plus obsédant. Frank se met à boire et à devenir odieux vis-à-vis de son entourage.

Cathy, de son côté, ne peut parler à personne de sa tragédie familiale, personne sinon son jardinier noir, homme cultivé et sensible, qui s’avère prêt à l’écouter. Un jour pourtant, alors qu’ils se sont rendus tous deux dans un restaurant, une voisine les voit et n’a qu’une préoccupation : faire connaître cet “impair coupable” à toute la communauté. Dès lors, les différents protagonistes ne se trouveront jamais aussi loin du paradis...

Les amateurs de cinémascope, d’éclairages spéciaux, de bancs-titres désuets et de cadrages abusant de travellings compliqués, tels que Truffaut en avait fait l’apologie dans “La Nuit Américaine”, seront enthousiasmés par ce film. Celui-ci se trouve être un pastiche de “Tout ce que le ciel permet” (1955) de Douglas Sirk. Il y était question d’une veuve tombant amoureuse d’un jeune homme beaucoup plus jeune qu’elle, ce que la société ne pouvait tolérer. Dans l’un comme dans l’autre film, nous retrouvons des héros qui sont enfermés dans une cage dorée qui les prive de liberté de mouvement et d’indépendance psychique. Il s’en suit une atmosphère très oppressante. Celle-ci l’est d’autant plus que les protagonistes se démènent dans des décors somptueux qu’une esthétique parfaite rend inhumains.

Julianne Moore sait donner à Cathy une humanité peu ordinaire. Derrière un sourire que la convention sociale exige, nous devinons, à fleur de peau, dans un frémissement de la commissure des lèvres, un immense désespoir dont le sadisme d’une société intolérante se repaît.

Le film n’est pas désespéré pour autant. Cathy n’est pas prête à se laisser faire. Elle sait qu’il y aura des jours meilleurs qui lui permettront de se rapprocher de son jardinier, joué avec retenue et intelligence par Dennis Haysbert. Et tant pis pour Frank, dont le personnage est formidablement défendu par Dennis Quaid.

A voir, revoir et encore revoir tant le film est beau, tant les idéaux d’indépendance féminine, de tolérance inter-raciale et de liberté de ses choix sexuels sont magnifiquement traités.

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