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Chers Amis,
Dans une période où l’actualité incite les médias et ceux
qui en font consommation à une paranoïa collective, François
Dupeyron nous fait faire une salutaire cure d’espérance grâce à
son dernier film : “La Chambre des Officiers” .
1914. Adrien n’a rien d’un héros : il n’aime pas la violence
et participe à la guerre contre son gré. A peine est-il parti en
reconnaissance qu’un obus lui arrache une partie de la mandibule,
du maxillaire supérieur et de la langue. Il est amené dans un état
pitoyable au Val de Grâce pour y être soigné. Là, il est pris en
charge par Anaïs, une infirmière admirable de compassion.
Celle-ci, alors que son propre fils combat dans les Ardennes, va
reporter sur Adrien un amour maternel inassouvi.
Dupeyron nous raconte avec une infinie délicatesse les détails
de la vie de cet hôpital qui semble avoir accueilli tous les défigurés
que la guerre ait produit. Les miroirs ont tous disparu et c’est
au travers du regard des autres que les blessés découvrent la
monstruosité de leur apparence avant d’avoir le courage
d’affronter la réalité que leur renverra le reflet d’une
vitre.
La plupart ont envie de mettre fin à leurs jours. Ils en seront
souvent empêchés par un voisin ou une infirmière, puis, peu à
peu, retrouveront un sens à leur vie. Dans ce film, la solidarité,
l’amitié et la tendresse ont un effet lénifiant et surtout
rendent l’espoir à ces mutilés qui bientôt devront retourner à
la vie civile.
Ce film aurait pu sombrer dans un mélo dégoulinant, mais avec
un génie indiscutable, à mon avis, François Dupeyron évite tous
les pièges. A travers des dialogues épurés, seul l’essentiel
est dit, et chaque réplique touche juste. L’auteur explore, avec
intelligence, les recoins de l’âme humaine. Il traite des
sujets graves (amour, haine, suicide, beauté, destin, guerre,
souffrance, etc.) sans s'appesantir, avec une bouleversante humanité.
Les images sont superbes tant par leur composition que par leurs
couleurs. Si je ne devais n’en garder qu’une, ce serait celle
d’Anaïs prenant dans ses bras Adrien après qu’il ait tenté de
mettre fin à ses jours : on croirait être en face d’une
Pietà italienne du début du XVIème siècle. Les éclairages et
les décors sont choisis magistralement sans compter que les
reconstitutions sont exécutées avec un soin admirable. La musique,
quant à elle, par la sérénité qui s’en dégage, apaise nos émotions,
et Dieu sait qu’elles sont intenses dans ce film.
Les acteurs - Eric Caravaca, André Dussolier, Géraldine
Pailhas, Isabelle Renaud, Guy Tréjan - sont tous parfaits. Sabine
Azéma mérite d’être tout particulièrement louée pour la manière
dont elle rend crédible le personnage d’Anaïs. Douce, tendre,
mais jamais déplacée, elle parvient à nous transmettre
l’empathie qu’elle a pour son patient au point que nous n’hésiterions
pas à lui apporter notre secours en cas de besoin.
Bref ! A mon sens, c’est du grand cinéma ! Courez-y !
Amitiés
Jean-Marc de Wolff
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