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Chers Amis,

La guerre en ex-Jougoslavie qui a occupé nos écrans TV pendant des mois, nous croyons tous la connaître. Et pourtant, après avoir vu le film de Danis Tanovic, “No Man’s Land”, notre vision des choses devient autre et nous nous mettons à douter de certaines de nos certitudes.

Dans l’aube d’un jour d’été, une patrouille bosniaque se perd dans le brouillard. Lorsque celui-ci se lève, l’ennemi fait feu. Deux Bosniaques réussissent à s’enfuir et à atteindre une tranchée abandonnée. Celle-ci est située dans le no man’s land qui sépare les belligérants. Un des hommes, Nino, est sauf mais l’autre, Cera, semble mort.

Les Serbes envoient deux hommes en reconnaissance dans la dite tranchée. Ils ne trouvent que Cera, le Bosniaque sans vie, et le piègent avec une mine. A ce moment, Nino sort de sa cachette, tue l’un des Serbes et fait prisonnier l’autre. C’est alors que Cera revient à lui. Angoisse : au moindre mouvement, il risque de faire sauter la mine qui est sous lui.

La situation est dramatique et la seule solution envisageable pour Nino et le Serbe survivant, Ciki,  est d’abandonner leurs uniformes et d’agiter le drapeau blanc en signe de trêve. Les Serbes d’une part et les Bosniaques d’autre part, voyant cela, appellent la FORPRONU au secours.

Les sentiments de haine, de vengeance, d’humiliation et d’impuissance qui se développent entre les différents protagonistes ont un caractère universel. Grâce à un humour très fin, Tanovic réussit à nous faire prendre distance par rapport au drame et à nous faire percevoir la fibre humaine de ces hommes de chair. Ces hommes qui ont été des voisins, qui ont vécu dans la même ville et qui ont eu la même amie, ne parviennent pas à déposer les armes...

Personne n’est épargné dans cette oeuvre. Si les frères ennemis bosno-serbes donnent une image effarante de la sottise humaine, les chefs de la FORPRONU apparaissent ridicules tant par les moyens mis en place que par le souci de ne rien faire de trop. Quant à la presse, préoccupée d’efficacité et d’audience, elle bâcle son travail et ne vérifie pas les tenants et aboutissants des situations dont elle fait le reportage.

Quand on pense que Danis Tanovic, jeune étudiant en cinéma,  fut en première ligne pour filmer la guerre pour la TV, en 1992,  on peut être sûr que rien dans son discours n’est gratuit. Peut-être s’agit-il d’une invitation à la réflexion sur tous les conflits qui font couler le sang sur notre planète...

A voir absolument.

Amitiés

J.-M. de Wolff

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