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Chers Amis,

Dans “Une histoire simple”, David Lynch nous narrait le voyage sur sa tondeuse à gazon d’un vieil homme décidé à aller faire la paix avec un frère qu’il n’avait plus vu depuis de nombreuses années. Nous étions près des hommes, de la terre et des choses. Avec son nouveau film, “Mulholland Drive”, il nous propose de nous rapprocher encore plus des choses et des hommes au point de nous les rendre étranges, inquiétants.

“Mulholland Drive” pourrait se résumer comme étant le sauvetage d’une actrice ayant perdu la mémoire dans un accident par une jeune comédienne qui va en tomber amoureuse. On pourrait aussi dire que c’est l’histoire d’une jeune comédienne qui va succomber à ses propres fantasmes en voulant aider une actrice qui a perdu la mémoire. Il ne serait pas plus faux de dire qu’il s’agit d’une quête initiatique d’une jeune comédienne pour se trouver elle-même. Ou une enquête policière ayant pour objet une tentative de meurtre sur la maîtresse d’un metteur en scène plein de promesses. A moins que ce ne soit qu’une histoire d’amour entre deux femmes qui ont en commun le jeu de la comédie...

Le film se présente donc comme un jeu de piste, un puzzle complexe qui force le spectateur à faire travailler ses petites cellules grises et à fournir sa propre vision de l’histoire. Rien n’est simple car tout semble bizarre. Souvent, seule la prise de vue, avec des objectifs à faible profondeur de champ, rend le décor et les objets les plus banals susceptibles de nous faire entrer dans un “autre monde”, celui de Lynch. Dès qu’on y a pénétré alors, il ne reste plus qu’à s’abandonner à la griserie des fantasmes que nous projetons sur ceux que le réalisateur nous propose avec une sagacité méphistophélique.

David Lynch s’amuse à donner le même rôle à plusieurs acteurs de sorte que nous nous perdons, mais avec quels délices, dans un labyrinthe dont nous avons l’impression que nous serons éternellement prisonniers. Une seule chose est sûre : une surprise nous attend à chaque changement de direction ! Quant à se raccrocher à la logique, c’est en général peine perdue.

L’étrangeté du film tient à trois éléments. Outre la narration à tiroir et les plans rapprochés, parfois déformés par des lentilles additionnelles, il y a la musique, sorte de fil rouge, de Baldamenti. Un peu fêlée, mais toujours juste, langoureuse, capiteuse et vertigineuse, elle nous met les nerfs à vif et nous prépare à découvrir l’inattendu. En cela, elle évoque “Twin Peaks Fire”, film où Lynch nous faisait vivre la mystérieuse disparition d’une jeune fille...

Dérangeant, “Mulholland Drive” nécessite un esprit reposé et une volonté d’ouverture, sans quoi, le spectateur s’y perd et pourrait avoir envie de jeter l’éponge en quittant prématurément la salle. Ce serait vraiment dommage, car Lynch, on ne le dira jamais assez, fait partie de ceux qui réinventent vraiment le cinéma pour en faire un art interactif.

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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