retour au sommaire

 

 

 

 

 

 

 

Chers Amis,

Il est si rare de voir le cinéma américain transfiguré par un auteur européen qu’il vaut la peine de s’enfermer dans une salle obscure pour voir “Monster’s Ball” (A l’Ombre de la Haine) réalisé par le Suisse Mark Forster et ce d’autant plus qu’il s’agit, à mon sens, d’une grande réussite.

Nous sommes dans la Géorgie, un de ces états du Sud américain tant décrits par Faulkner, une de ces régions où règnent température et moiteur, et où planent les spectres de la chaise électrique et de la ségrégation raciale.

Hank est chef maton dans un “Couloir de la Mort”. A la suite de circonstances pénibles, il vient à perdre son fils et renonce à son job. Il va rencontrer Leticia, une jeune veuve noire qui vient de voir mourir son enfant. Tout deux vont s’entraider à retrouver la paix intérieure. Un jour, toutefois, Leticia va découvrir que Hank a été le bourreau qui a mis fin aux jours de son mari...

A première vue, le sujet pourrait plonger dans un pathos dégoulinant. Mais Forster, avec une maîtrise formidable parvient à éviter les écueils de l’anecdote pour se pencher sur des problèmes majeurs tels que le racisme, la peine de mort, l’éducation, ou encore le souci que représente le placement des personnes âgées en établissements spécialisés.

Si les sujets évoqués sont graves, le réalisateur n’en fait pas des cours de morale. Il ne fait que les effleurer en les mettant en scène pour ses personnages. On comprend vite que de la haine ne naîtra rien de bon. Seul le pardon, à défaut d’oubli, permettraient à Hank et Leticia de retrouver une nouvelle harmonie. Mais y parviendront-ils ?

Les images de Forster sont superbes. Les pays du Sud américain, sont difficiles à filmer. Le ciel est souvent d’un blanc-gris peu favorable à la photographie. Par une exposition magistrale, et des éclairages tamisés avec un goût parfait, les séquences rendent parfaitement l’impression du voyageur dans ces contrées lorsqu’il est confronté à ce climat  où l’air est rendu sirupeux par un excès de chaleur et d’humidité.

Mark Forster semble accepter de se conformer aux désirs de ses producteurs américains en nous tenant un discours devenu classique sur les mises à mort des condamnés et sur les conflits raciaux. Par contre, il ne s’y éternise pas et donne sa caractéristique européenne au film par la manière dont il nous raconte une histoire d’amour avec des détails crus qui devraient faire frémir tout bon Américain. Il en va de même pour la description des rapports existant entre Leticia et son fils ou entre Hank et son père. Enfin, le dénouement de “Monster’s Ball” fleure bon le Vieux Monde, en laissant des questions ouvertes.

Halle Berry mérite les plus grands éloges.  Elle vient d’ailleurs d’obtenir l’Ours d’Argent et l’Oscar de la meilleure actrice. Par ce rôle de femme marquée par le destin, elle tourne radicalement le dos aux oeuvres qui ont fait son succès en privilégiant sa plastique. On se trouve devant une grande comédienne capable de communiquer ses émotions par des détails subtils liés à son maintien et à sa manière de parler. Elle parvient à nous montrer une Leticia ravagée, usée, par ce qui lui arrive au point d’en paraître soudain terriblement vieille.

Billy Bob Thornton, de son côté, nous frappe par un jeu plein d’une retenue et ainsi accroît notre trouble face à son personnage qui opère sous nos yeux une bouleversante transformation intérieure.

Dans ce film, il est question de haine, certes, mais aussi d’amour, de pardon et de repentir. Tout espoir de guérir les coeurs meurtris n’est donc pas perdu...

Amitiés.

J.-M. de Wolff

retour au sommaire