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CINEMA : MINORITY REPORT

Rien n’est plus déboussolant que de devoir remettre en question un concept considéré comme acquis. C’est l'éprouvante expérience que va faire John Anderton, le Commissaire de Police affecté au service “Précrime” de Washington DC. Son rôle est de prévoir, de localiser et d’empêcher les crimes avant qu’ils ne se produisent. Les fauteurs de troubles potentiels sont ainsi arrêtés et mis hors d’état de nuire.

John Anderton, le flic efficace, est aussi un père que le destin a foudroyé : quelques années auparavant, alors qu’il était à la piscine avec son fils, celui-ci a été kidnappé et personne n’a plus entendu parler de lui. Cela a eu pour conséquence le départ de la femme d’Anderton. Maintenant, lorsqu’il rentre chez lui après une journée de travail accomplie avec l’énergie du désespoir, John se drogue et regarde des films évoquant l’époque heureuse où sa petite famille était au complet.

Pour prévoir les crimes, trois “Pré-cogs”, des humains aux pouvoirs extra-lucides et baignant dans un lait nutritif, transmettent à la Police leurs visions sur des écrans d’ordinateurs. Pour John Anderton, comme pour son patron, le système est infaillible. Celui-ci est en place depuis six ans et a donné totalement satisfaction puisque la criminalité a été complètement éradiquée de la ville. Dans dix jours, les autorités devraient décider de la généralisation de cette procédure à tout le pays.

Or, au moment où débute l’intrigue, voici que John découvre que le meurtrier en puissance désigné par les “Pré-cogs” n’est autre que lui-même. Refusant le verdict, il prend la fuite bien décidé à prouver la labilité du système. Dès lors va commencer pour lui une étonnante enquête qui va le forcer à se poser quelques questions sur l’origine des “Pré-cogs”, sur leurs visions et sur l’éventuelle manipulation extérieure de celles-ci. Rien ne sera simple pour lui, tant les intérêts en cause sont nombreux... tant le drame qui a disloqué sa famille l’obsède...

Ce polar se déroule en 2054. Mis à part un étonnant système de transport, rien dans la rue n’est bien différent de nos quartiers les plus modernes. Les magasins sont achalandés de la même manière et la mode vestimentaire a prolongé le long bégaiement qu’elle avait initié à la fin du XXème siècle. Toutefois, une chose a radicalement changé : le moyen d’identification des individus. Une analyse iridienne partout répétée permet de suivre le citoyen à la trace. Il n’est donc plus jamais anonyme : on le salue par son nom dans les commerces et on peut lui facturer les différents services qu’il consomme sans qu’il n’ait besoin de carte de crédit.

Tous les détails du films “sonnent” justes. Spielberg a fait appel à des spécialistes pour que ce futur rapproché soit le plus vraisemblable possible du point de vue de la technologie. De plus, il a veillé à ce que ces éléments n’envahissent pas le film, mais gardent leur place d’accessoires d’une action passionnante.

Celle-ci respecte en tous points les règles du film noir américain, tant par sa structure que par la manière dont sont gérés les clairs-obscurs. A ce propos, il convient de souligner la beauté de la photographie. Une pellicule très sensible a été utilisée de façon à donner du “grain” aux images ce qui contribue à gommer les parties anguleuses du décor et à en augmenter l’effet anxiogène. A leur seule évocation, j’en frissonne encore...

Si le précédent film de Science-Fiction de Spielberg, “AI”, nous proposait un scénario peu homogène, “Minority Report” est un exemple de cohérence à cet égard. Philip K. Dick, l’auteur du roman dont est tiré le film, n’est certainement pas étranger à cela : l’inventivité de l’histoire, la réflexion qu’elle nous propose sur la liberté individuelle et l’épaisseur psychologique du héros font de ce spectacle un moment d’une rare intensité.

Quant à la bande-son de John Williams, elle souligne de manière épatante les images de ce petit chef-d’oeuvre où Tom Cruise, Samantha Morton et Max Von Sydow donnent le meilleur d’eux-mêmes.

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