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Chers Amis, 

Subir les brimades, être considérée comme un “cageot”, être le faire-valoir des autres sans reconnaissance, ce n’est pas facile. Mais si, en plus, la surdité complique les relations avec les autres et vous oblige à lire sur les lèvres, alors la situation confine à l’insupportable.

Cette histoire est celle de Carla, l’héroïne du dernier film de Jacques Audiard : “Sur mes lèvres” (avec Emmanuelle Devos et Vincent Cassel).

Carla est une secrétaire douée, serviable, ambitieuse, mais qui ne sait pas s’arranger et surtout qui souffre d’un tragique manque d’amour. Elle va avoir le bonheur de s’entendre dire qu’elle peut, si elle le désire, engager un collaborateur en s’adressant à l’ANPE. C’est ce qu’elle fait et lorsqu’on lui demande quel est le profil désiré, elle répond qu’il lui suffit que ce soit un homme de 25 à 30 ans, qu’il soit gentil et qu’il ait de belles mains.

Cette perle, c’est Paul, un voleur sans envergure qui vient de sortir de prison. Beau, il ne l’est certes pas, avec sa petite moustache et ses cheveux gras, mais les mains correspondent aux exigences... Carla fait tout pour qu’il s’adapte le plus vite possible. Puis, elle réalise qu’il pourrait l’aider à transformer sa vie de factotum en la faisant profiter de son expérience de voyou. Paul, de son côté voit rapidement les avantages qu’il pourrait tirer de l'attirance qu’il exerce sur la jeune femme et sutout de la capacité de celle-ci à lire sur les lèvres...

Le scénario finement composé donne une grande véracité psychologique à ces deux personnages marginalisés par une société cruelle. Sans nul doute, en sortant de la salle, si nous les croisions dans la rue, nous reconnaîtrions Paul et Carla. Et s’ils n'étaient pas ensemble, nous nous en étonnerions. En effet, si au début du film, ils sont complètement étrangers l’un par rapport à l’autre, à la fin, ils finissent par se ressembler.

Clairs-obscurs, plan rapprochés, taches de lumières, découpage morcelant l’action, tout concourt à créer une ambiance inquiétante et pleine de suspens. Il faut ajouter à cela une bande son subtilement travaillée qui sert à indiquer les respirations du film entre les moments de tension et surtout à exprimer le mal-être de Carla dont la qualité d’audition est si médiocre. C’est ainsi qu’à certains moments, le micro d’Audiard se fait subjectif en nous faisant  expérimenter l’audition floue et déformée de la jeune femme.

 

Ce film noir, doté d’une belle touche de rose, est un modèle qui renouvelle le genre. Mais attention, les âmes sensibles peuvent être perturbées par quelques scènes de violence !

Si possible, à ne pas manquer !

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

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