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Chers Amis,
L’aventure humaine que Manoel des Oliveira nous propose dans
son dernier film, “Je rentre à la maison”, n’est pas banale :
un homme, à la suite d’un traumatisme psychologique, voit sa
personnalité se fêler un peu comme le ferait un verre de cristal
subissant un choc thermique.
Le comédien, Gilbert Valence, est un homme respecté dans la
profession, un homme qui a la réputation d’être strict avec son
éthique, enfin, un homme sûr de ses choix. Il est marié, père
d’une fille qui lui a donné un petit-fils. Il joue magnifiquement
le rôle de Béranger dans “Le Roi se meurt” d’Eugène Ionesco
et le public lui fait une formidable ovation. Tout va donc pour le
mieux jusqu’au soir où, sortant de scène, il apprend de la
bouche de son impresario que sa femme, sa fille et son beau-fils ont
été victimes d’un accident de voiture et qu’ils n’y ont pas
survécu.
Le choc est violent, mais l’acteur ne faiblit pas, du moins au
début. Il concentre son attention sur son petit-fils qui vient
habiter chez lui et sur sa carrière de comédien. Parallèlement,
il accorde de plus en plus d’importance aux choses de sa vie
quotidienne, à la lecture de son journal dans un bistrot (toujours
à la même table), à ses chaussures, aux jouets de son petit-fils.
Mais l’âge avance et on le lui fait de plus en plus sentir.
Insidieusement, on sent la personnalité de Valence se
fragiliser : il lit plusieurs fois le même journal et
s’infantilise pour la plus grande joie de son petit fils. Un jour,
un réalisateur anglais vient le trouver et lui fait une
proposition...
De prime abord, ce film désarçonne le spectateur. En effet, de
Oliveira ne nous montre jamais ce que nous avons envie de voir. Par
exemple, lorsque Valence discute de sa carrière avec son
impresario, la caméra ne nous montre pas les protagonistes mais
reste vissée sur les chaussures du comédien. Ailleurs, lorsque
nous assistons aux répétitions d’un spectacle, nous aimerions
voir le jeu des acteurs, mais de Oliveira se contente de nous
montrer le regard tour à tour attentif, admiratif et consterné du
metteur en scène.
Cette manière de faire, à laquelle nous adhérons peu à peu,
nous force à écouter attentivement le discours tenu par les
personnages, d’une part, et, d’autre part, elle nous oblige à
observer des détails dont nous ne comprenons l’importance que par
la suite.
Michel Piccoli est un Gilbert Valence épatant. Il joue de toute
sa palette en demi-teintes et donne la mesure de son immense talent.
Les autres acteurs ne sont pas en reste : Catherine Deneuve et John
Malkovich lui donnent la réplique avec justesse et contribuent à
faire de ce film une petite merveille.
Amitiés
Jean-Marc de Wolff
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