Cinéma : LE FILS
Olivier est un moniteur de menuiserie dans une centre de
réinsertion de jeunes délinquants. Mais c’est avant tout un
homme en colère. Il y a cinq ans, un drame a bouleversé sa
petite famille et en a provoqué l’éclatement. Olivier a tout
gardé pour lui jusque-là de sorte que la puissance du sentiment
qui l’habite s’en est trouvée décuplée.
Telle une confidente, la caméra de Jean-Pierre et Luc Dardenne
a été admise dans la sphère intime d’Olivier. Comme si elle
désirait avant tout ne pas déranger, elle se tient tout près de
cet homme renfrogné. Si près d’ailleurs que pendant la plus
grande partie du film, elle ne nous montre que le visage d’Olivier,
vu des trois-quart arrière, comme si elle regardait par-dessus
son épaule. Elle le suit partout et observe attentivement le
personnage pour ne pas manquer les signes infimes de l’évolution
de ce qui se passe dans sa tête. Elle semble comme fascinée par
Olivier et ne se laisse pas distraire par les gestes de celui-ci.
Nous devons nous contenter de les deviner par les bruits qu’ils
occasionnent. La caméra ne prendra du champ qu’à la fin,
lorsque les sentiments exacerbés seront apaisés.
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Un jour, la secrétaire du Centre vient trouver Olivier pour
lui proposer un nouvel apprenti. Le moniteur le refuse tout d’abord
arguant qu’il est déjà surchargé. Mais quelque chose s’est
mis en marche dans sa tête. Comme un chasseur, il se met à
épier discrètement le jeune homme et à le suivre. De couloirs
en ruelles aussi tortueux que les cheminements de sa pensée,
Olivier colle à son “gibier”. Il finit par revenir sur sa
décision et admet le jeune homme dans son groupe d’apprentis.
L’atmosphère est lourde et les nuages s’accumulent à l’horizon,
de sorte que l’on peut craindre le pire. Mais quoi ? C’est ce
que je vous propose de découvrir par vous-même...
Ce qu’on peut dire sans dégrader le suspens de l’oeuvre, c’est
qu’il s’agit d’une réflexion, d’une part, sur les effets
de la connaissance face à la barbarie et, d’autre part, sur la
vengeance : au bout de celle-ci trouve-t-on enfin la paix ? Ou
faudrait-il lui préférer le pardon ?
L’originalité du film tient avant tout à la façon dont l’histoire
nous est contée. Un peu à la manière de ce que nous faisait
vivre Polansky dans “Rosemary’s Baby”, les frères Dardenne
épicent le drame avec notre propre imaginaire. Vouloir assister
passivement à ce film aurait pour conséquence, l’ennui à
court terme. Il convient donc de voir cette oeuvre à tête
reposée ! Pour cette même raison, bien que la censure ait posé
sa limite d’âge à 12 ans, les enfants ne devraient pas trouver
leur compte dans un spectacle aussi exigeant.
NOTA : Le rôle principal a été confié à Olivier Gourmet
dont l’étonnante prestation lui a valu le Prix d’interprétation
masculine 2002 à Cannes.
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