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CINEMA : LAGAAN

Bollywood, le pendant indien d’Hollywood, produit chaque année un nombre considérable de films populaires dont les normes ne correspondent que rarement à nos exigences. C’est probablement ce qui explique que rares sont les oeuvres qui débarquent en Europe.

“LAGAAN” d’Ashutosch Gowariker est de celles-ci fort heureusement pour nous. Les nostalgiques du cinéma tel que le célébrait François Truffaut dans “La Nuit Américaine” trouveront un énorme plaisir à le voir. Tout dans ce film évoque la manière de faire des grandes productions américaines des années 50-60 à commencer par l’utilisation sans retenue d’une abondante figuration.

A la fin du XIXème siècle le “Lagaan” est un impôt que les paysans indiens devaient payer à leur Maharadjah afin que celui-ci puisse s'acquitter des redevances que lui imposaient les Anglais. Quand débute l’histoire, il y a déjà deux ans qu’il ne pleut presque plus dans la région qu’habite Bhuvan et les siens. Or les Britanniques voudraient doubler l’impôt ce qui aurait pour conséquence de laisser la population exsangue. Faisant partie d’une délégation chargée de demander une diminution de la taxe, Bhuvan tient des propos vexants pour les Anglais. Leur commandant, le Capitaine Russell, lance alors un défi à Bhuvan : la région sera exonérée de l’impôt pour trois ans si celui-ci réussit à mettre sur pied une équipe de “criquet” capable de vaincre la sienne. En cas de défaite, la taxe sera multipliée par trois.

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Cette intrigue est pimentée, avec talent et souvent humour, par l’amour, la jalousie et une traîtrise sans compter la lutte acharnée que se livrent des combattants aux forces inégales. Il en résulte un souffle épique intense. A lire ces quelques lignes on pourrait penser qu’il s’agit d’un mélo écoeurant. Pourtant, s’il est vrai que ce film est du pur sucre, il n’en est pas moins une source de bonheur si j’en crois le sourire benoît qu’il faisait naître sur le visage de mes voisins.

En fait, le scénario est moins lisse qu’il ne le semble à première vue : courageusement, l’auteur s’en prend au système de castes, à l’intolérance, au rôle de la femme dans la maison et propose une réflexion sur l’émancipation féminine.

Les moyens mis en oeuvre sont colossaux, si l’on en juge par les mouvements virevoltants de caméra, par les éclairages et le format cinémascope. Clin d’oeil aux réalisateurs hollywoodiens, il y a deux séquences avec prise de vue zénithale mettant en valeur la chorégraphie qui ici fait penser à un kaléidoscope géant.

A peine le film commencé, l’enchantement nous envahit, ne serait-ce qu’à l’écoute de la voix off du narrateur, une voix grave et sépulcrale soulignée par un léger écho, qui nous donne la chair de poule. Et cela se poursuit avec des passages chantés rendus magiques par un accompagnement symphonique grandiose.

Les paysages sont magnifiques, les acteurs sont superbes, l’histoire est touchante. Que désirer de plus pour se faire du bien à l’âme ?

On raconte que ce film a provoqué des élans d’enthousiasme sur la Piazza Grande de Locarno : les gens se levaient en pleine projection pour applaudir la valeureuse équipe de Bhuvan. Evidemment, le public de ce festival ne pouvait faire moins que de lui attribuer son prix 2002 !

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