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Ivre de femmes et de peinture

Vassale de la Chine, la Corée de 1843 est un pays convoité tant par la Russie que par l’Angleterre. Parallèlement, le pouvoir de la dynastie Li s’affaibli après 500 ans de règne. Tout est donc en place pour permettre à des mouvements insurrectionnels de voir le jour avec, bien sûr, la répression violente qu’ils engendrent. C’est dans ce contexte troublé que naît Owhon, un artiste qui va infléchir durablement la peinture de son pays.

Owhon n’est pas un homme cultivé, au contraire, fruste, grossier, iconoclaste, amateur de femmes et d’alcool, il est prêt à tous les excès. Mais dès que la bête qu’il a en lui cède sa place à l’ange, alors il peint en état de grâce et ses oeuvres font l’admiration de tous.

Rien ne sera facile pour ce peintre de génie capable de reproduire de mémoire une oeuvre qu’il n’a vue qu’une fois. Refusant tout compromis, il est prêt à tout pour défendre ses idées. Pour lui, tout comme c’est le cas pour les impressionnistes français dont il est contemporain, la peinture doit se suffire à elle-même. Elle ne doit pas avoir besoin de références culturelles ni d’explications pour être appréciée. En cela, Owhon innove et dérange. Il inquiète aussi lorsqu’il refuse de signer une de ses estampes ou lorsque, s’érigeant en maître absolu de sa création, il est capable de détruire une oeuvre pourtant déjà vendue à un client.

 

Dans son dernier film, “Ivre de femmes et de peinture”, Im Kwon-Taek nous raconte l’histoire de cet homme exceptionnel. Il nous permet d’entrevoir l’étincelle qui préside à la création artistique et cela dans un environnement d’une fascinante beauté. Il n’y a pas une séquence, qui ne mériterait d’être vue plusieurs fois. L’harmonie est partout, dans les cadrages, les éclairages et la musique.

Owhon par sa nature caractérielle, n’a eu que fort peu de contacts avec les écrivains et les peintres de son époque. Cela explique sans doute pourquoi, alors qu’il fut un artiste majeur de la Corée, sa vie soit si mal connue. La fin de celle-ci est nimbée de mystères et les légendes s’en sont saisies pour la plus grande joie des conteurs. Im Kwon-Taek n’a pas résisté au plaisir de nous en livrer une version des plus charmantes à défaut d’être vraisemblable.

Ce film est un cadeau merveilleux pour conclure une année riche en événements cinématographiques. Il a le mérite de nous faire pénétrer dans la société coréenne du 19ème siècle, société que nous ne connaissons que fort peu tant du point de vue de l’habitat et des vêtements que de celui des coutumes. De plus, “Ivre de femmes et de peinture” nous incite à porter une réflexion sur l’art, en particulier sur l’art contemporain : pourrait-il se passer des explications des critiques ? Pourrait-il exister sans que la biographie de l’artiste ne soit connue ? A chacun de répondre.


"Ivre de femmes et de peinture" d'Im Kwon-Taek a obtenu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2002.

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