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Cinéma : INSOMNIA

Depuis de nombreuses années, la justice américaine alimente les scénarios de films policiers. Alors que peu à peu, les criminels devenaient de plus en plus connaisseurs de subterfuges pour échapper à leurs juges, les policiers en venaient à utiliser des moyens de moins en moins légaux, jusqu’à devenir eux-mêmes de vraies crapules. Sympathiques et agissant pour la bonne cause, ceux-ci étaient absous par le spectateur quelle que soit la gravité de leurs dérapages.

Christopher Nolan nous propose une réflexion sur la limite entre la délinquance et la probité dans un film policier d’une étonnante et magistrale austérité : Insomnia.

Will Donner est une vieille gloire de la police de Los Angeles. Soupçonné de mlaversation par l’inspection générale des services, il vient d’être envoyé, avec son collègue Eckart en Alaska, plus précisément à Nightmute, pour y enquêter sur le meurtre d’une jeune adolescente. Rapidement, Donner met la main sur quelques indices qui lui suggèrent l’endroit où se trouve caché le criminel : un cabanon. Une souricière est tendue, mais Donner n’a pas de chance ce jour-là. Un brouillard se lève qui va permettre au meurtrier de prendre la fuite. Une course poursuite s’engage alors. Au cours de celle-ci, Donner, provoque la mort de son coéquipier. Il croit que la scène n’a pas eu de témoin. Mais c’est sans compter avec le meurtrier de la jeune fille...

A cette époque de l’année, Nightmute vit sous le soleil de minuit. Obsédante, cette lumière diurne, toujours présente, est comme la lampe que le flic braque habituellement sur les suspects. Mais maintenant, Donner doit s'interroger lui-même et faire son examen de conscience. Si la mort d’Eckart, son collègue, peut passer pour un accident, celle de la jeune fille ne le pourrait-elle pas aussi ? Par souci de justice, un policier peut-il, en fonction de son intime conviction, créer les éléments à charge ou à décharge qui lui manquent ?

Il n’y a rien de trivial dans ces interrogations sur la culpabilité et l’innocence, sur l’intégrité et la duplicité. Donner a d’autant plus de peine à répondre qu’il est désarçonné par ce jour qui n’en finit pas et par un environnement d’une grandiose beauté, fait de glace, de rocs et de forêts.

Insomnia est un film d’une extraordinaire élégance. Bande son envoûtante et mise en images esthétisantes participent à un climat lourd et inquiétant qui stimule l’imagination du spectateur. Si Donner tombe de sommeil à force d’insomnies répétées, le spectateur, lui, n’a nulle envie de somnoler.

Les décors offerts par le Grand Nord sont admirablement exploités. Par exemple, les séracs, que nous survolons au début du film, symbolisent une frontière qui, si elle est franchie, obligera le héros de l’histoire à changer de paradigme. Or, les fils de la tragédie se nouent déjà et Donner ne peut plus reculer : d’homme plongé dans la foule urbaine et jouant à cache-cache avec les faux-fuyants, il va devenir un homme solitaire face au juge le plus sévère qui soit : lui-même.

Will Donner est joué par Al Pacino qui se révèle, une fois de plus, un maître dans l’art de rendre perceptible la vie intérieure de son personnage. Quant au meurtrier, c’est Robin Williams qui lui prête vie dans un rôle inattendu où il excelle.

A côté de ces deux monstres sacrés, il convient de rendre hommage à Hilary Swank qui leur donne la réplique dans un jeu très juste où féminité se conjugue avec rigueur.

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