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THE HOURS
de Stephen Daldry
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Elles sont trois, trois femmes aux destins douloureux
nécessitant un choix dont va dépendre leur survie. Rien ne
semble les lier les unes aux autres, rien sinon un livre, “Mrs
Dalloway”, écrit par l’une d’elle, Virginia Woolf, au
environ de 1920.
Ce roman décrit la vie de Mrs Clarissa Dalloway qui a épousé
un homme alors qu’elle en aimait un autre, Peter Walsh. Les deux
personnages se retrouvent et ne peuvent que prendre la mesure du
temps qui a passé. Rien ne sera plus jamais comme avant.
Peut-être sont-ils passés à côté de leur vie.
Virginia Woolf fut non seulement une éditrice découvreuse de
talent, aux côtés de son mari, mais encore un auteur subtil,
influencé par Proust et Joyce. Elle n’aura de cesse de décrire
les mouvements de la conscience et les sensations fugaces
ressenties au quotidien. Malheureusement, sa fragilité psychique,
ou du moins celle qui a été définie comme telle par la
Faculté, l’a obligée à quitter Londres pour lui préférer la
campagne. Exaspérée, elle décidera que la seule manière de
sortir de la situation dans laquelle elle se sent enfermée est de
remplir ses poches de cailloux et de s’engloutir dans la
rivière toute proche...
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Laura Brown, quelques trente ans plus tard, a lu “Mrs
Dalloway”. Pour elle aussi, la vie semblait toute tracée. Elle
n’a rien choisi jusque-là. Ou plutôt, c’est elle qui a été
choisie par un brave homme qui lui a donné deux enfants. Se
sentant prisonnière de sa vie de mère de famille coincée entre
sa cuisine et ses amies cancanières, elle ne voit que deux
solutions pour y mettre fin : le suicide ou la fuite. Dans toute
sa démarche le roman de Virginia Woolf lui servira de viatique,
tant elle se sent proche de son héroïne.

Un de ses enfants, va devenir poète. Atteint par le Sida, cet
homme dont le talent vient d’être reconnu et primé en 2000, va
lui aussi être confronté à des problèmes de choix quant à sa
survie. Son amie et éditrice, Clarissa Vaughan, qu’il surnomme
“Mrs Dalloway”, aimerait tout faire pour lui mais se rend
compte de l’inanité de ses efforts. Se serait-elle trompée en
ne vivant que pour les autres et surtout au travers des autres ?
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Le film de Stephen Daldry nous présente un puzzle composé des
éléments de la vie de ces trois femmes. Entremêlés en suivant
un jeu d’associations d’idées et d’images, ceux-ci donnent
au film une impression de fluidité extrordinaire, comme celle de
l’eau de la rivière dans laquelle Virginia Woolf aimerait se
perdre, ou comme celle des heures qui s’écoulent dans la vie
superficielle et insignifiante de Mrs Dalloway. La bande sonore
réalisée par Philip Glass n’est pas étrangère à cette
impression, bien au contraire. Obsédante, envahissante, sa
musique incite le spectateur à survoler les situations pour ne s’attacher
qu’à la problématique de ces trois femmes captives de ce qui
se passe dans leurs têtes.
Alors que Daldry nous avait donné un film très émotionnel au
premier degré avec Billy Elliott (le petit garçon qui voulait
faire de la danse classique - Coup de chapeau n°61), ici, il nous
offre une oeuvre plus cérébrale, plus “littéraire” et
élégante, mais dont l’intelligence du propos touche les
coeurs.

Les trois actrices, Meryl Streep, Juliane Moore et Nicole
Kidman sont parfaites chacune dans son registre. Une mention toute
particulière doit être faite pour la troisième tant elle semble
avoir quitté sa propre identité pour prendre celle de Virginia
Woolf. Il semble que le mimétisme s’étend à sa voix et sa
manière de rythmer ses phrases. Quant à son nez maquillé, il
est probable que, tel celui de Cléopâtre, il marquera sinon l’Histoire,
du moins l’histoire du cinéma.
Nicole Kidman a obtenu l'Oscar 2003 de la Meilleure Actrice
dans un rôle principal.
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