Cinéma : L'HOMME SANS PASSE
“M” est un homme qui va à la ville pour y trouver du
travail. Il y est agressé et laissé inanimé. Il est emmené aux
Urgences, et l’équipe de réanimation tente l’impossible pour
le sauver, mais en vain. “M” semble mort. Resté seul dans sa
chambre, il revient miraculeusement à lui et s’échappe de l’hôpital.
Sans papier, sans souvenir, il se rend au port. Il erre sur les
quais et est accueilli par des SDF vivant dans des containers.
Ceux-ci vont lui offrir le peu qu’ils ont et un peu de chaleur
humaine.

De fil en aiguille, “M” rencontre des représentants de l’Armée
du Salut qui vont prendre soin de lui. Grâce à Irma, qui est
officier dans cette société de bienfaisance, il va renaître puis
retrouver son assurance et sa dignité. Peu à peu, il tombera
amoureux de cette femme discrète qui, jusque-là, avait oublié de
penser à elle.
N’ayant plus à subir les contraintes sociales liées à son
passé puisqu’il les a oubliées, il pourra donner libre cours à
son imagination et concrétiser ses rêves, en particulier celui où
il se voit agent artistique d’un groupe rock. Il réussira à
convaincre l’orchestre de l’Armée du Salut d’abandonner les
cantiques pour cette nouvelle musique.
Tout semble donc aller pour le mieux pour “M”. Mais, cruel,
le passé va rattraper notre homme. Que va-t-il devenir ? Qu’était-il
avant son amnésie? Et surtout, son idylle avec Irma aura-t-elle un
lendemain ? C’est ce que Kaurismäki vous propose de découvrir.
Son film est une fable qui tire son humour des dysfonctionnements
des institutions de notre société. Une police véreuse, une banque
en faillite braquée par un chic type ou une justice verbeuse qui
trouve plus simple d’arrêter des innocents que de courir après
les voleurs sont autant de situations traitées dans une satyre
jubilatoire.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, dans ce monde absurde, il n’y
a pas la moindre trace de désespoir. Au contraire, Kaurismäki
croit en l’Homme et à sa capacité de se sortir de toutes les
situations grâce à l’entraide et au partage.
Tout est délicatement exprimé dans ce film et la charge
symbolique en est très riche. Par exemple, si la relation entre
notre amnésique et Irma reste très pudique, les signes de leur
amour ne manquent pas, telle la chemise rouge qu’Irma donne à “M”.
On pourra aussi noter que la vision optimiste de l’auteur se
traduit en images par la présence dans tous les plans d’éléments
colorés ou brillants dont l’incongruité a quelque chose de
roboratif.
Ce film a reçu deux distinctions à Cannes : le Grand Prix du
Jury et le Prix d’interprétation féminine (pour Kati Outinen).
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