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CINEMA : L’HOMME DU TRAIN

Qu’il est difficile de cerner un réalisateur comme Patrice Leconte ! Les sujets qu’il choisit sont variés et la manière dont il les traite est variable : chef-d’oeuvres et navets se succèdent comme s’ils n’avaient pas le même père. Ou comme si leur géniteur ne percevait pas la limite qui sépare le film sensible et émouvant du mélo d’un goût douteux.

Avec “L’Homme du Train”, Patrice Leconte nous livre le meilleur, dans le droit fil de “Tandem”, “Le Mari de la Coiffeuse”, “Mr. Hire” ou “La Fille sur le Pont”. Le sujet et touchant et traité avec originalité tant du point de vue de l’image que de la musique.

Manesquier est un professeur de français à la retraite. Sa vie n’a jamais eu beaucoup de sel : il a vécu dans l’ombre de sa mère, sans risque, sans grand bonheur non plus. Le voilà parvenu à un moment crucial de sa vie, puisqu’il doit subir, dans 3 jours un triple pontage coronarien.

Alors qu’il fait l’achat de sa trinitrine, il rencontre Milan, un homme venu par le train le jour même. L’unique hôtel de la ville étant fermé, Manesquier lui propose de venir chez lui. Les deux hommes vont se confier l’un à l’autre, se quereller sans réelle méchanceté et entrer dans une complicité aussi singulière que poignante et même dangereuse. Chacun va ouvrir pour l’autre une lucarne sur sa vie et tous deux vont réaliser qu’ils sont passés à côté d’une chose importante. Si cela était possible, l’échange réciproque de leurs existences ne serait-il pas la meilleure solution pour rectifier ce qui a été gâché?

Les dialogues de Claude Kotz sont savoureux. Amusants, cocasses, graves ou violents, ils sonnent justes et collent aux personnages magnifiquement campés par Jean Rochefort et Johnny Hallyday. Tous deux nous font sentir que l’abîme qui sépare les destins de Manesquier et de Milan peut être allégrement franchi par une passerelle faite d’amitié non feinte. A ce titre, le film est enthousiasmant : si l’homme est capable du pire, il l’est aussi du meilleur.

Une constante que l’on trouve dans tous les films de Patrice Leconte réside dans la qualité des images qui mérite d’être soulignée. A chaque fois, il fait en sorte de servir au mieux le scénario. Ici, il a opté pour des images teintées : brunes pour la vie terne dans laquelle Manesquier s’est embourbé et bleues pour celle froide et violente qui fait le quotidien solitaire de Milan.

Un dernier mot s’impose encore. La mise en scène est fabuleuse, en parfaite adéquation avec le huis clos d’une histoire se déroulant sur trois jours. Sobre, elle privilégie les plans rapprochés qui nous font sentir l’émotion à fleur de peau des acteurs.

A ne pas manquer !

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