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Chers Amis,

Alors que souvent la campagne nous est décrite comme idyllique avec son herbe trop verte, ses animaux si mignons et  ses fermes proprettes aux fenêtres fleuries, le film de Christian Carion, "L'hirondelle a fait le printemps", nous peint un monde agricole d’une véracité saisissante. Il ne nous épargne rien, ni les mises à mort du bétail ni les naissances difficiles des animaux. De plus, il nous confronte aux problèmes économiques de ces fermes où  les marges bénéficiaires sont étroites et où la gestion est rendue difficile par les incertitudes du climat.

Une informaticienne parisienne, Sandrine, lasse de son métier, décide de tout abandonner pour suivre une formation d’agricultrice. Ceci fait, elle acquiert un domaine dans le Vercors. Le hic, c’est que le contrat prévoit que l’ancien propriétaire, Adrien, homme au caractère ombrageux, occupera, pendant dix-huit mois encore, la maison d’habitation.

Ce voisinage rapproché sera difficile au commencement, le vieil homme supportant mal qu’une femme puisse faire son travail et surtout qu’elle sache se débrouiller pour rendre l’exploitation rentable.

Un jour glacial d’hiver, Adrien, dans l’idée de mettre fin à leurs bouderies réciproques, ne trouve rien de mieux que de saboter l’alimentation en électricité de l’aile du bâtiment où vit Sandrine...

Michel Serrault est parfait dans son rôle de paysan bourru qui sait tout et qui refoule un chagrin infini dû à la mort de sa femme Emilie. Jamais il ne se plaint, mais il nous dévoile ses aspirations lorsqu’il prie Dieu. Dès lors, tout cesse d’être simple. Il s’ennuie et aimerait avoir de bonnes relations avec Sandrine qu’il admire. Il souhaiterait même l’aider mais son caractère obtus s’y oppose.

Pour donner la réplique à ce comédien génial, Carion a fait appel à Mathilde Seigner (soeur d’Emmanuelle et petite-fille du grand Louis Seigner). Elle nous campe une Sandrine pleine de santé, de dynamisme et d’une candeur bien naturelle pour une paysanne débutante. Dans son regard, nous percevons aussi bien la détermination d’une femme qui veut vivre en harmonie avec ses projets que la tendresse d’une amoureuse de la vie.

Les deux personnages vivent solitaires à l’extrême. Ils ne jouissent que de rares visites du monde extérieur à la mauvaise saison qui est relativement longue dans le Vercors. Il y aurait bien une solution, mais sauront-ils la trouver avant qu’il ne soit trop tard ?

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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