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Chers Amis,

Dans la série “X-Files”, l’agent Scully à la mine si sérieuse, si impassible, m’a laissé croire que l’actrice qui l’incarnait ne savait rien faire de plus. Après avoir vu avec le plus grand plaisir “The House of Mirth” (“Chez les heureux du monde”), film de Terence Davies, force m’est de constater que j’étais dans l’erreur la plus complète : Gillian Anderson est une comédienne de talent dont le visage mobile et expressif est le miroir d’une âme sensible.

Nous sommes à New York en 1905. Une jeune femme, Lily Bart, charmante et intelligente, doit, pour se conformer à la règle sociale, se marier. Les prétendants sont nombreux, mais le choix est difficile, les meilleurs partis n’étant pas les plus appétissants, et les plus jolis garçons ayant bourse plate.

Lily est si sûre de son avenir qu’elle tarde à prendre sa décision, sans compter qu’elle fait naître jalousies et exaspérations. Une série de circonstances l’amènent à compromettre sa réputation. Dès lors, commence pour la jeune femme, rejetée par ses pairs, une lente descente aux enfers, descente qu’elle peut stopper à tout moment, si elle le désire, au prix d’une scélératesse...

Terence Davies nous raconte cette histoire en nous faisant plonger dans l’ambiance cossue des salons de la haute société new-yorkaise, société brillante qui, figée dans un puritanisme absurde, est prête à toutes les turpitudes à condition qu’elles restent secrètes. Si le luxe matériel est partout, c’est pour mieux cacher les rivalités et les combats sans merci que se livrent des gens fortunés. Ceux-ci, avec une cruauté effarante, manient avec efficacité les mots qui blessent douloureusement parce qu’ils font perdre la face.

“The House of Mirth” est l’adaptation d’un roman d’Edith Wharton. Les peintures sociales réalisées par celle-ci ont beaucoup de parenté avec celles de Jane Austen qui ont fait, elles aussi, l’objet de transcriptions cinématographiques (“Emma” de Douglas McGrath, “Persuasion” de Roger Michell, par exemple). Mais, contrairement à son homologue britannique qui ne dédaigne pas les happy ends, l’américaine Edith Wharton semble ne connaître qu’une couleur, le noir de l’encre dans laquelle elle trempe sa plume.

Ce film est à l’affiche depuis plusieurs semaines et je crains qu’il n’y reste plus longtemps. Alors, ne le manquez pas ! C’est une oeuvre magnifique où la parfaite cohérence entre le fond et la forme est soulignée par de superbes images aux tons chauds, par des cadrages d’un équilibre époustouflant et par une bande son étonnamment pertinente bien qu’elle ait les accents du 18ème siècle.

Amitiés.

Jean-Marc de Wolff

 

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