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Chers Amis,

Après “Prêt-à-porter” ou “Le Dr. T. et les femmes”, je m’étais dit de manière irrévérencieuse que le grand Robert Altman, auteur de l'irrésistible “M.A.S.H.”, n’avait plus grand chose à nous dire. C’était sans tenir compte de sa capacité de création. En effet, il vient de terminer “Gosford Park” qui s’avère excellent.

Dans ce film, Robert Altman dépeint la société britannique des années 30. Les McCordle ont invité leurs amis et leurs proches pour une partie de chasse, comme ils ont l’habitude de le faire en novembre. Parmi les convives très collets montés, un producteur hollywoodien, dont les manies amusent la galerie, fait tache et ce d’autant plus que son valet n’est pas vraiment banal...

Avec un humour fait de répliques aussi acides que perfides, les personnages se racontent. Alors que les invités, Ladies and Gentlemen, confortablement installés dans de luxueux salons, évoquent leurs petits problèmes, leurs histoires, aux étages inférieurs, les domestiques s’affairent, tels des fourmis, pour rendre agréable le séjour de leurs maîtres. Mais eux non plus n’ont pas leur langue dans la poche et les potins vont bon train. L’équilibre semble parfait entre ces deux mondes qui se côtoient sans se mélanger et où la place de chacun est précisément délimitée. Mais on se rend rapidement  compte que cette harmonie artificielle est faite de non-dits, de déceptions et de rancoeurs étouffées. Un événement extraordinaire va en permettre l’expression modérée (nous sommes en Angleterre !) :  la mort violente de Sir McCordle, le maître de la maison.

Robert Altman, tel un naturaliste, observe chacun des personnages dans ses rapports  aux autres, et ce,  dans de courtes scènes. Celles-ci sont révélatrices de chacun et nous permettent de voir  peu à peu émerger un portrait d’une acuité exceptionnelle de ce que fut cette bonne société anglaise : une société faite de gens cupides, égoïstes, lâches et xénophobes.

Curieusement, ces dignes britanniques, maîtres ou valets, n’évoquent aucun des problèmes de l’époque, qu’ils soient politiques ou économiques, alors que l’on sait que les discussions de salon ou de cuisine en étaient riches. Il n’y a pas non plus de réunion d’hommes dans le fumoir excluant par principe les femmes. Privées de ces repères historiques, les situations prennent une dimension plus universelle : Altman semble nous inviter à voir, dans cette société de 1930, un reflet de la nôtre...

Les acteurs sont tous épatants. Il aura fallu qu’Altman réalise son film en Grande Bretagne pour qu’une brochette de grands acteurs acceptent de tourner ensemble, chose impensable aux  Etats-Unis de l’aveu même de l’auteur !

La méthode utilisée pour la confection de “Gosford Park” est voisine de celle utilisée  par Claude Lelouch. Chaque acteur est invité à jouer son rôle tel qu’il l’imagine d’après un canevas rudimentaire fourni par le scénariste. Le film est tourné en enregistrant l’interaction des différents personnages qui auront donc à improviser leurs répliques.

C’est une expérience passionnante et au bout du compte, le spectateur n’est pas déçu : l’histoire ne manque pas de piquant, les décors sont superbes, les dialogues sont souvent jouissifs et les acteurs font des étincelles !

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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