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Chers Amis,

Il est intéressant de mettre en relation le film des frères Coen, “The Barber” (cf. n°110), avec “L’emploi du temps“ de Laurent Cantet. Le premier nous contait les avatars d’un homme qui ne parvient pas à s’intégrer à son milieu social, alors que le second traite de l’homme qui cherche à s’évader à tout prix d’une société coercitive.

Nous sommes quelque part entre Lyon et Genève. Vincent est un chômeur qui a donné son congé volontairement parce qu’il ne supporte plus de voir son emploi du temps géré par des tiers. De plus, il répugne à subir les contraintes sociales. C’est ainsi qu’il décide de s’évader dans le mensonge, parfois maladroit, qui lui permettra de s’inventer une vie sans exigence, et surtout, une vie où il ne risquera pas de décevoir son entourage.

Dans un premier temps, il s’invente un travail en Suisse dans une institution internationale dépendant de l’ONU. Puis, pour financer son jeu de dupe, il fait appel à son père pour qu’il lui prête une somme d’argent soi-disant destinée à l’achat d’un logement à Genève. Puis, de fil en aiguille, il arnaque quelques-uns de ses amis en leur proposant d’investir leurs économies dans les pays de l’est, dans des placements, certes volatiles, mais hautement rémunérateurs.

Un jour, pourtant, Vincent sera démasqué par plus filou que lui, par un homme qui a déjà fait de la prison et qui voudrait l’aider à sortir du guêpier dans lequel il s’est fourré. Y parviendra-t-il ?

Par ailleurs, plusieurs questions vont devoir trouver leur réponse. Est-il possible de vivre dans le mensonge à journée faite, alors que l’on a une famille ? Vincent retrouvera-t-il ses marques au point de pouvoir, un jour, retrouver sa place dans la société ?

En face de Vincent, nous trouvons Muriel, son épouse, qui, peu à peu, a des doutes sur ce que lui raconte son mari. Elle est partagée entre l’aveuglement que lui dicte son amour pour Vincent et une légitime curiosité. Elle finira par connaître la vérité, du moins en partie, mais qu’en fera-t-elle lorsqu’il lui faudra en discuter avec Vincent ? La même problématique se pose dans les rapports du père avec ses enfants.

Le film est passionnant. Parti d’un fait divers atroce dont les annales de la presse ont gardé le souvenir, ce film s’en détourne au profit de quelque chose de plus universel, l’histoire d’un homme qui voudrait retrouver un sentiment érodé par son quotidien  : la liberté.  Heureusement,  nous percevons, entre Vincent et Muriel, une longue histoire d’amour. Mais, les sauvera-t-elle d’une crise irrémédiable ?

La musique du film ne vous laissera pas indifférent non plus. Belle, constituée essentiellement de solos d’alto et de violoncelle, elle nous plonge dans un malaise étrange qui colle parfaitement au sentiment ambigu que nous éprouvons pour le héros, un sentiment qui hésite en l’empathie et l’exaspération.

Ce film qui a reçu le Lion d’Or à la Mostra de Venise et la Louve d’Or au Festival de Montréal, mérite votre attention et même d’avantage !

Amitiés.

J.-M. de Wolff

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