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DOGVILLE
de Lars von Trier Palme d'or 2003
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Avec "Breaking the Waves” et “Dancer in the Dark”
Lars von Trier nous avait conduit aux limites de la sensibilité
du spectateur, le laissant effondré, bouleversé au sortir de la
séance. Dans sa dernière oeuvre, il prend un peu de champ par
rapport au réel et décide de nous raconter un conte
philosophique dont tous les éléments doivent parler à notre
intellect autant qu’à notre coeur.
Pour que le spectateur n’ait aucun doute quant à ses
intentions, les premières images nous montrent le plan de
Dogville et de ses maisons. La caméra a une position zénitale
et, lorsqu’elle serre le cadrage, nous nous rendons compte que
les personnages sont en train de vaquer à leur affaires. Les murs
ne seront jamais construits et les quelques meubles visibles
constitueront les seuls repères dont le spectateur disposera pour
définir les lieux dans lesquels les personnages évolueront.
Ceux-ci ouvriront et fermeront des portes imaginaires dont seul le
bruit pourra être perçu.
Cette abstraction du décor ainsi que la voix off qui décrit l’action,
donnent à celle-ci un côté artificiel qui oblige le spectateur
à pénétrer de plein pied dans la dissertation philosophique.
Lars von Trier dans un décor américain, traite sans s’y
attarder de sujets universels. Citons, dans le désordre, la
confiance en l’autre, la solidarité, la peur de l’autre, l’individualisme,
la violence, le mobing, le puritanisme, l’éducation permissive,
la morale et bien d’autres. Mais tous sont évoqués dans une
perspective qui justifie sa démarche et va en constituer le pivot
central : le pardon et ses limites.
Un jour comme les autres, le village de Dogville - 15 adultes
et une dizaines d’enfants - voit sa tranquillité perturbée par
quelques coups de feu et l’apparition d’une jeune femme,
Grace, qui semble fuir des gangsters. Celle-ci lui demande
hospitalité et protection. Or le village n’a besoin de personne
pour satisfaire ses besoins. Malgré tout, il l’accepte comme
bonne à tout faire, à charge pour elle de partager son temps
entre les différents habitants.
Grace fait tout pour être appréciée. Au bout de quinze
jours, la Police, mandatée par les gangsters que Grace fuit,
vient à Dogville pour y placarder deux affiches successives, l’une
où l’on peut lire que la jeune femme est recherchée et l’autre
qu’elle est soupçonnée de vol. Dès lors l’attitude de la
population change : elle estime avoir le droit de demander des
efforts supplémentaires à Grace en échange de son immunité.

La situation va se compliquer lorsque l’on apprendra que
Grace est soupçonnée de vol dans le village même de Dogville.
Dès lors, la population masculine n’aura plus aucun scrupule à
se servir de la prétendue voleuse comme d’une putain. Quant à
la population féminine, elle ne sera pas en reste...
Croyant pouvoir tirer un ultime profit de Grace en la
dénonçant aux gangsters qui la recherchent, le village la
trahit. Cinq jours plus tard, le chef du gang, qui se trouve être
le père de Grace, fait son entrée dans Dogville, dans une
impressionnante Cadillac. Une question se pose dès lors : Grace,
pour laquelle il n’y a de salut que dans le pardon,
acceptera-t-elle de retourner chez son père en dépit de ce qu’elle
lui reproche, soit une intransigeance sans merci et un refus de
toute miséricorde ?
On peut penser que si le père représente, d’une manière un
peu iconoclaste, le Dieu de l’Ancien Testament, sa fille fait
référence à celui du Nouveau Testament (le prénom de Grace n’est
probablement pas fortuit !). Cette interprétation, sur laquelle
Lars von Trier ne s’est pas prononcé, donne un sens tout
particulier à la conclusion d’un film qu’il ne faudrait pas
manquer tant le sujet, la forme et le jeu des acteurs - en
particulier celui de l’éblouissante Nicole Kidman - sont
exceptionnels.
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