|

|
 |
La Cité de Dieu
de Fernando Meirelles
|
La guerre des clans dans une favela brésilienne, si beau soit
son nom de “Cité de Dieu”, ne devrait pas mériter d’être
portée à l’écran. Tout le monde ou presque en conviendra.
Pourtant, lorsqu’elle est présentée avec talent, d’une
manière originale et avec une conclusion pleine d’espoir, il
vaut la peine de réviser son jugement.
Deux gosses, l’un violent et l’autre trop réservé et
sensible pour l’être. Le premier, “Ze Pequeno” va
connaître une ascension fulgurante dans le monde de la drogue. De
petit gangster, il va devenir un des chefs les plus craints de la
favela. Il bâtira sa réputation sur le fait qu’il ne connaît
aucune limite dans la barbarie. Le second, “Fusée”, restera
en retrait, observateur discret rêvant de devenir photographe.
“La Cité de Dieu” de Fernando Meirelles, assisté de Katia
Lund, est un film construit sur la base du roman éponyme de Paulo
Lins et la richesse des détails trahit le fait qu’il s’agit d’une
histoire vraie, malheureusement trop vraie. Nous suivons les
personnages au travers de trois époques traitées avec les
caractéristiques qui leurs sont propres : les chaudes images des
sixties, les effets de lumières scintillantes “disco” des
années “70”, et la photographie froide, hypercontrastée des
années “80”.
Formidablement construit, le film s’ouvre sur un séquence
d'anthologie qui à elle seule vaut le déplacement. Sur une
musique brésilienne rythmée par les bruits d’une lame que l’on
aiguise, un poulet assiste, effrayé, au traitement que subi un de
ses congénères : gorge tranchée, il est déplumé puis vidé de
ses entrailles. Le poulet n’en pouvant plus va prendre la fuite
et entammer une course désespérée à travers les ruelles
tortueuses de la favela. La caméra, braquée tour à tour sur le
volatile et ses poursuivants, se met à leur hauteur, ce qui donne
une impression de vitesse et d’agitation extraordinaire. Le
suspens lié à cette folle poursuite est associé à un
découpage acrobatique qui confère une dynamique époustouflante
à l’ensemble.
|

|

|
La narration tire son originalité du fait qu’elle est basée
sur une série de flashes back. Ceux-ci s’emmanchent les uns aux
autres au fur et à mesure qu’apparaissent de nouveaux
protagonistes. Cela constitue, à chaque fois, un nouveau chapitre
qui pourrait être vu pour lui-même mais qui, dans ses liens avec
les autres, prend un sens différent, souvent lourd de
conséquences.
La violence est partout dans ce film au point que le spectateur
en a la nausée. Il est insupportable de voir comment des gosses,
âgés de six ans seulement, déclarent sans sourciller, qu’ils
ont volé, pillé, tué et comment, glorifiés par ces exactions,
ils revendiquent d’être pris pour des hommes. Le fait qu’ils
le disent est déjà effrayant, mais quand le spectateur les voit
à l’oeuvre, il reste ébahi, tétanisé sur son siège.

Tragiques aussi sont ces images où l’on voit des maffieux,
juste avant le combat, réciter le “Notre Père” en en
changeant les paroles : “ta” volonté devient “notre”
volonté...
Heureusement, à côté de la noirceur des turpitudes de ce
monde sans pitié, on devine que d’autres voies que la violence
sont possibles, en particulier celle que va suivre “Fusée”.
Ce film est une espèce de fable qui fait l’apologie, sans
dogmatisme, de la justice, du travail et du courage. L’avenir
est donc lumineux pour les hommes et les femmes de bonne volonté.
retour au sommaire
|