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Le chemin de la liberté
                                            de Philip Noyce

On dit des bonnes idées qu’elles ne sont que rarement orphelines. Elles naissent quasi simultanément à plusieurs endroits du globe. Malheureusement, il en est de même pour les mauvaises idées. A l’époque où la Suisse a cru pouvoir sédentariser les Romanichels en leur prenant leurs enfants pour les faire éduquer par d’autres, aux antipodes, en Australie, on appliquait la même méthode pour intégrer les métis à la société blanche. C’est précisément cette attitude scandaleuse qui sert de toile de fond au film de Philip Noyce.

Nous sommes en 1931. Les Australiens sont soucieux de voir “blanchir” leur population. Pour ce faire, ils encouragent les Blancs à avoir des enfants avec des Aborigènes. C’est ainsi que Molly, sa soeur Daisy et sa cousine Gracie, trois fillettes métisses dont les pères à la peau claire on pris la poudre d’escampette, sont enlevées à leurs mères pour être éduquées dans le camp de Moore River. Les conditions de vie y sont difficiles, le travail épuisant et l’obligation de parler anglais insupportable.

Molly, qui a 14 ans, n’est pas du bois dont on fait des flûtes. Elle décide de s’enfuir en compagnie de Daisy et Gracie, bien que cela soit réputé impossible. Le voyage sera long puisqu’elles auront près de 2000 km. à parcourir pour retrouver leurs mères. Mais l’autorité ne l’entend pas de cette oreille : le Docteur Nevil, “Protecteur des Aborigènes” en titre, va ordonner à la Police de les pourchasser et, plus dangereux pour les enfants, va lancer l’éclaireur Moodoo sur leur piste. La situation est d’autant plus révoltante que Nevil, bureaucrate obstiné, la justifie par sa volonté de protéger les métis contre eux-mêmes.

Avec sobriété et une grande justesse de ton, Philip Noyce retrace pour nous le calvaire subis par les trois fillettes. Leur détermination, leur courage et leur intelligence nous laissent pantois d’admiration et ce d’autant plus qu’il s’agit d’une histoire vraie.

La narration n’est jamais alourdie par un discours prêchi-prêcha. Linéaire, elle se contente de suivre cette curieuse chasse à l’homme en prenant le parti délibéré de privilégier le regard de Molly. Parfois, discrètement, la caméra devient subjective donnant encore plus de force à cette aventure humaine.

Les colons avaient importé des lapins dont la multiplication a été telle qu’elle est devenue dangereuse pour les terres cultivées. Pour faire face à cette invasion de rongeurs, il a fallu élever des barrières anti-lapins pour cloisonner le pays. Ironie de la chose, ce sont précisément ces barrières, symboles de ségrégation, qui vont permettre aux fillettes de trouver leur chemin à travers cet immense pays. Mais la route est longue et les dangers multiples...

Dernier argument pour ne pas manquer ce film : la beauté des images de Noyce se mariant à une envoûtante bande son - qui mixe la musique de Peter Gabriel avec de vieux airs autochtones - rend un vibrant hommage à notre merveilleuse planète.

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