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Chers Amis,

Dès les premières images du générique, nous voyons que tout va mal entre Hélène et Paul. Ils courent, n’ont plus le temps de se parler  sont mal organisés et vivent dans un état d’exaspération constante. C’est le “Chaos”, titre du dernier film de Coline Serreau.

Hélène et Paul, donc, sont invités chez des amis. Et comme il se doit, ils y vont sur les chapeaux de roues. Tout à coup, coup de frein et crissement de pneus. Une jeune femme se précipite vers leur voiture. Elle est poursuivie par des hommes d’apparence louche. Paul, dans un réflexe de défense, verrouille les portes. Rattrapée, la fugitive est violemment frappée. Lorsqu’elle heurte de la tête le pare-brise, elle y laisse une traînée sanglante, puis elle s’effondre sans connaissance sur le bitume.

 

Paul n’a qu’une idée enlever les traces de sang  car il craint avant tout d’être accusé d’avoir renversé un piéton. Hélène, quant à elle, reste paralysée d’effroi face au visage sanguinolent de la jeune femme, une prostituée si l’on en croit son accoutrement. Une sirène retentit. La police ! Paul intime l’ordre à sa femme de remonter dans la voiture et ils s’enfuient.

 

Hélène se sent horriblement coupable. Elle décide de faire l’impossible pour retrouver la victime. Cette décision va la jeter dans une aventure dont elle n’a aucune idée, pas plus que son mari d’ailleurs...

Cette fois, ce n’est plus une fable gentillette (“3 hommes et un couffin” ou “Romuald et Juliette”) que nous propose Coline Serreau, mais une oeuvre très engagée sur le ras-le-bol qu’engendre le pouvoir tyrannique qu’exercent certains hommes sur les femmes. Tous les moyens sont bons pour faire passer le message : chronique sociale, comédie policière, roman d’aventure, tous les genres sont utilisés, les uns après les autres, puis ensemble, nous donnant une impression de chaos quasi palpable.

 

Tout le récit est sous-tendu par une rage - exacerbée par l’injustice - qu’une bande son à la rythmique obsédante rend perceptible. Symboliquement, lorsqu’Hélène aura exprimé sa colère, la musique retrouvera un phrasé plus doux alors que Paul se mettra à battre frénétiquement du pied...

L’excellent choix des acteurs participe à la réussite de ce film : Vincent Lindon (l’homme d’affaire mal dégrossi), Catherine Frot (l’épouse bourgeoise, candide et bienveillante), Rachida Brakni (la prostituée séduisante et combative), et Line Renaud (la grand-mère mélancholique qui supporte si mal les rejets répétés de son fils).

Si le sujet est grave, Coline Serreau ne nous enferme pas dans un climat sinistre. Bien au contraire, à de nombreuses reprises, elle se livre à des satyres corrosives et jubilatoires qui atteignent d’autant mieux leur cible qu’elles font sourire les spectateurs !

Ce film me parait formidablement sain. Alors, tant pis, ou plutôt tant mieux, Messieurs, si certains d’entre nous auront à faire leur examen de conscience en sortant du cinéma...

 Amitiés.

J.-M. de Wolff

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