|

|
Chers Amis,
Sortant du film de Jafar Panahi, je ne peux pas ne pas vous
en parler. Au-delà du petit chef-d’oeuvre qu’il représente
par sa facture, "Le Cercle" (Lion
d'Or 2000 à Venise) est le message douloureux d’un
homme qui dénonce les turpitudes d’un système.
Nous suivons les tranches de vie de six femmes iraniennes,
prisonnières d’une société brutale aux principes
stupidement inhumains, qui semblent se passer un témoin
invisible. Coups, honte, dévalorisation, infantilisation,
aucun supplice moral ou physique ne leur est épargné,
Pourtant, elles réussissent à maintenir une flamme
vacillante de dignité, de courage et de force.
Comme l’étau qu’il nous décrit, et pour respecter la
symbolique du cercle, ce film est construit en boucle :
les femmes qui tentent d’échapper à l’enfermement,
évoluent dans des bâtiments, des cellules et des
couloirs circulaires, elles reviennent sans cesse sur
leurs pas, et à la fin, on les retrouve dans leur
situation de départ : derrière une porte close. De
femmes poursuivies, les héroïnes deviennent des femmes
rattrapées. En comparaison de cette condition féminine
misérable, la liberté dont jouissent les hommes paraît
outrageante. Si la femme veut avoir un peu de cette liberté,
il lui faudra un mari, mais pour avoir ce mari, il lui
faudra rogner sa liberté. La boucle est ainsi bouclée
!
Il n’y a pas de fioritures dans les images de ce film.
Techniquement minimaliste, il nous donne l’impression
d’avoir été tourné dans l’urgence comme si un
danger menaçait. Quant à la bande musicale, elle est à
l’avenant : elle se contente de nous transmettre la
musique de la rue, celle de la radio d’une voiture ou
celle d’un homme qui chante dans un fourgon cellulaire,
apportant, à chaque fois, une respiration brève mais
salutaire.
Si une image devait me rester, la plus douloureuse peut-être,
ce serait celle de cette petite fille abandonnée par sa mère
devant un hôtel pour clients nantis. Dans son regard inondé
par ses pleurs, toute la détresse du monde semble
poindre.
Après cela, que dire de plus sinon que ce film vaut
vraiment le déplacement !
Amitiés.
J.-M. de Wolff
retour au sommaire
|