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C’est le bouquet
de Jeanne Labrune
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Comparer une oeuvre cinématographique à une coupe de
champagne, voilà qui est osé. Pourtant rien ne définit mieux l’excellent
film de Jeanne Labrune. Du champagne, il a le caractère
pétillant, festif, enivrant et léger.
Avec une élégance et une finesse de ballerine en équilibre
sur un fil, Jeanne Labrune nous raconte l’histoire d’un
bouquet de fleurs. Tel un fétu de paille jeté dans un cours d’eau
et s’arrêtant ici et là au gré du hasard, ce bouquet circule
d’un palier à l’autre d’un immeuble parisien selon la
malice d’un scénario charmant et surtout intelligent. Avec
acuité, la réalisatrice analyse les travers des locataires et,
par là, met le doigt sur les aberrations de notre société : les
conventions sociales, l’argent, les affaires, les
restructurations d’entreprises, la gestion du personnel et bien
d’autres.
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Evitant la réprobation austère et souvent mal ressentie,
Jeanne Labrune préfère laisser les situations s’enliser, se
dégrader et aboutir à des conclusions rendues hilarantes par
leur absurde logique. Tout semble léger et rien n’a vraiment d’importance.
Les scènes se suivent et s’emmanchent les unes les autres avec
une fluidité extraordinaire que renforcent les mouvements de la
caméra. Sans se préoccuper de la réalité, la narration rapide
ne semble suivre qu’une règle, celle de la fantaisie de l’auteur.

Fantaisie, c’est le mot dont la réalisatrice définit son
oeuvre. Comme elle l’avait déjà fait dans “Ca ira mieux
demain”, elle nous raconte non pas une mais plusieurs histoires
dont les dérapages nous amusent. Ainsi la scène de la jeune
femme qui a bouché ses toilettes, celle du valet de pied qui lave
les pieds de son maître deux fois par jour, ou encore celle de l’employé
congédié qui mène une réflexion sur la flexibilité sont des
morceaux de bravoure que le spectateur et ses zygomatiques n’oublieront
pas de si tôt.
A côté du comique de situation qui est largement exploité,
on trouve un comique des mots dont Jeanne Labrune joue en virtuose
: les dialogues sont d’une rouerie enthousiasmante et leur
surabondance chronique leur confère un caractère ludique
certain.
Le succès du film tient aussi aux acteurs qui tous crèvent l’écran
: Sandrine Kiberlain, l’intellectuelle qui donne son avis sur
tout, Jean-Pierre Darroussin, le “looser” mou, Dominique
Blanc, la femme d’affaires nymphomane, Matthieu Amalric, le
directeur stressé par les cours de la bourse, Jean-Claude Brialy,
l’auteur dramatique homosexuel sûr de son charme, et Richard
Debuisne, le chef d’orchestre qui met le feu aux poudres.
A prescrire sans réserve à tous ceux qui sont gagnés par la
morosité ambiante et qui préfèrent les mignardises aux tartes
à la crème.
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