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Chers Amis,

Décidément, Gérard Jugnot aura toujours de quoi nous étonner. Si souvent on le considère comme un comédien comique de première force, il n’en est pas moins un remarquable réalisateur. Il vient de nous le prouver avec son dernier film : “Monsieur Batignole”.

Paris en 1942. Edmond Batignole et sa femme ont une charcuterie. Tous deux n’ont qu’une idée, faire tourner la boutique et gagner des sous. Peu leur importe que leur clientèle soit de Mars ou de Jupiter. Il leur suffit que ce soient des consommateurs de viande, et tant pis s’ils sont allemands...

 

Jean-Pierre, le futur beau-fils d’Edmond est un critique de théâtre aigri, un antisémite pur et dur, qui, réalisant que le Docteur Bernstein et sa famille vont quitter la métropole, les dénonce à la Gestapo. Cette famille juive sera arrêtée puis elle sera spoliée de tout. Grâce aux appuis de Jean-Pierre, Batignole obtiendra de louer l’appartement des Bernstein.

Alors que cette famille marquée de l’étoile jaune est déportée, un des enfants, Simon, parvient à s’échapper et à regagner son ancien domicile. Il a la surprise d’y découvrir les Batignole qui festoyent en compagnie d'Allemands. Jouant son va-tout, Simon fait sortir le charcutier et  réussit à le convaincre de le garder chez lui à l’insu de tous. Or, un jour, Jean-Pierre, le collabo, vient à connaître la présence du gosse juif et ...

 Avec un sens aigu de l’équilibre, Gérard Jugnot pimente son histoire d’humour, de tragédie, de suspens et de fraîcheur enfantine. Au bout du compte, il nous offre un petit chef-d’oeuvre à la mentalité très européenne fait de demi-teintes, d’esprit auto-critique et de subtilité, qui contraste avec “Amen”, le film hollywoodien et monolithique de Costa-Gavras.

Pour mener à bien son projet cinématographique, Gérard Jugnot a fait appel à une brochette d’acteurs qui sont tous épatants, des grands aux petits rôles. Le choix du petit Jules Sitruck s’avère excellent. Il nous campe un Simon dont l’engagement est si total que le spectateur en oublie qu’il est face à un petit comédien. Quant à l’épouse de Batignole - jouée par Michèle Garcia - lâche et veule, elle est plus vraie que nature. Jean-Paul Rouve, n’a rien à lui envier. Il est le beau-fils collabo le plus misérable que l’on puisse imaginer. Gérard Jugnot, lui-même, est sensationnel en un Batignole qui se découvre une humanité insoupçonnée.

Dans ce film qui nous décrit le parcours d’un homme partagé entre son goût du lucre et son désir de sauver un enfant, Jugnot nous invite à nous poser la question : “Et moi, qu’aurais-je fait à la place de Batignole ?”

Amitiés

Jean-Marc de Wolff

 

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