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Chers Amis,
Si les frères Coen sont toujours plébiscités par la critique,
je n’en pense pas moins qu’ils sont capables du meilleur comme
du pire. Avec leur dernier film “The Barber (L’homme qui n’était
pas là)”, ils viennent de nous donner un film sensationnel à
classer dans la première catégorie.
Eté 1949. Dans une petite ville de Caroline du Nord, Ed Crane
accomplit quotidiennement et sans joie son métier de coiffeur pour
Messieurs. Un jour, un client lui propose d’investir dans le
nettoyage à sec. Il faudrait qu’Ed trouve 10’000$ dans les plus
brefs délais. C’est alors que lui vient l’idée de faire
chanter le patron de sa femme, Big Dave, lequel a fait de cette
dernière sa maîtresse.
Mais rien n’est simple. Une série de coups de théâtre va semer
la zizanie dans le projet d’Ed : sa femme, Doris, sera accusée
d’un meurtre, alors qu’elle en est innocente, Ed en commettra
un, mais cela ne lui vaudra pas d’être inquiété. Toutefois,
la justice aveugle lui fera des misères pour une autre raison...
Tourné en noir et blanc, ce film est riche d’images magnifiques
dont la composition n’a rien à envier à un Cartier-Bresson. Les
éclairages sont réalisés avec un sens de la mise en scène peu
ordinaire, les clairs-obscurs rendant l’atmosphère du film inquiétante.
Ed est un homme seul qui a de la peine à vivre sa vie avec
plaisir. Il a plutôt l’impression d’y être étranger et de
n’avoir quasi rien à échanger avec ceux qui l’entourent. Il y
a longtemps qu’il vit avec sa femme, mais il ne sait rien d’elle
sinon ce qu’elle lui a dit le jour de leur rencontre. Mais cela ne
le gêne pas. Lui-même ne parle que fort peu et les
bavardages des autres le fatiguent.
Quand il se promène en ville, il a l’impression que personne
ne le voit. Rentré à la maison, Doris le bat froid et les silences
s’ajoutent aux silences...
Ed n’est pas un méchant homme, loin s’en faut : il rêve
d’aider sa petite voisine à s’épanouir dans la musique. Mais
tout ce qu’Ed entreprend est marqué du sceau de l’échec.
Chose étonnante, Joel Coen réussit par ses images, lisses et
parfaites à l’excès, à nous faire percevoir physiquement
l’impression de solitude glacée que doit ressentir son personnage
face à la médiocrité de sa vie et à son impuissance à déjouer
le destin.
Ce film qui a obtenu le Prix du Meilleur scénario à Cannes
fourmille de références cinématographiques que le spectateur a du
plaisir à noter. Il est vrai qu’à tout moment, on s’attend à
voir Humphrey Bogart traverser la rue, la cigarette à la bouche.

La simplicité de la bande-son mérite, elle aussi, qu’on
l'applaudisse et je doute qu’après avoir vu ce film, vous écoutiez
les sonates de Beethoven de la même oreille...
Amitiés
Jean-Marc de Wolff
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