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Chers Amis,
Certes, certains reconnaîtrons dans “Avalon”, le dernier
film de Mamoru Oshii, des liens avec les mangas sinon avec la
culture techno, mais, de mon point de vue, il doit surtout être
vu comme un film de science fiction d’une grande originalité et
d’une beauté formelle extraordinaire.
Dans une société médiocre et triste, située dans un futur
rapproché, il est possible d’améliorer ses conditions de vie
en participant aux joutes virtuelles d’un jeu vidéo illicite
qui a pour nom “Avalon”. Celui-ci n’est pas sans risque
puisque, en cas d’échec, les joueurs peuvent avoir le cerveau
grillé et être réduits à l’état de légume.

C’est dans ce cadre sinistre et inquiétant que se débat
Ash, une jeune femme dont les qualités de guerrière virtuelle
sont exceptionnelles. Elle a, auparavant, fait partie d’une
équipe particulièrement performante qui serait parvenue à
gagner le jeu si elle n’avait compté un traître en son sein.
Maintenant, Ash est seule à relever le gant. Elle va en profiter
pour faire la lumière sur cette trahison...
Chaque partie permet d’atteindre un nouveau niveau. Entre
chacun d’eux, Ash, ainsi dénommée en raison d’un mèche
grise zébrant sa chevelure aile de corbeau, retrouve le monde réel
dans un quotidien morose et sinistre que presque rien ne différencie
de celui du jeu. Seul, l’ultime niveau se déroulera dans un décor
différent, un décor coloré et gai ressemblant à notre réel de
2002. Mais curieusement, il semblera virtuel au spectateur,
celui-ci ayant été plongé pendant plus d’une heure dans un
environnement noir et sépia.
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Il n’y a pas une seule image du film qui ne soit travaillée
tant du point de vue des couleurs que des effets spéciaux. Le résultat
est stupéfiant par la beauté étrange qui s’en dégage.
C’est à la fois la description d’un monde que nous croyons
reconnaître et celui d’un univers imaginaire. Dans celui-ci,
nous suivons Ash, dont le comportement réservé évoque le
samouraï sévère et ascétique tel que celui joué au masculin
par Alain Delon dans l’oeuvre de Jean-Pierre Melville. Nous
sommes donc loin de films de SF tels que “Matrix” (des frères
Wachowski) qui nous ébahit par des cascades aux effets numériques
affolants ou d’”ExistenZ” (de David Cronenberg) qui nous dégoûte
par sa biotechnologie. Ici, grâce à des plans aux champs rétrécis
induisant un sentiment de claustrophobie oppressante, notre
imaginaire est très efficacement stimulé.

Le rôle principal aurait dû être confié à un homme. Mais
finalement c’est la Polonaise Malgorzata Foremniak qui a été
choisie. Eclairé par de grands yeux bleus à l’expression dure,
son visage triangulaire aux pommettes haut placées, est d’une
envoûtante beauté. Son rôle de combattante froide et déterminée
qui limite sa tendresse à celle qu’elle prodigue à son chien,
contraste étrangement avec la douceur suggérée par sa bouche
pulpeuse à l’arc de Cupidon parfait.

Mamoru Oshii est un spécialiste du film d’animation.
“Ghost in the Shell” avait enthousiasmé la critique. Nous
retrouvons dans Avalon, les thèmes favoris de l’auteur, thèmes
liés à la haine pour tout système totalitaire et à l’aliénation
de l’homme. A cela s’ajoute une mise en garde relative au
danger que représente le monde virtuel parce qu’il peut entraîner
la perte des repères du réel.
Quant à la bande-son de Kenji Kawai, elle procède du même
esprit perfectionniste que celui qui baigne le film. La musique du
final est grandiose au point de donner la chair de poule !
A voir dans un esprit d’ouverture...
Amitiés.
J.-M. de Wolff
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