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Chers Amis, 

La retranscription cinématographique d’un roman fantastique est rarement réussie. C’est pourquoi, lorsqu’un réalisateur y parvient avec bonheur, il convient de lui rendre hommage : Peter Jackson nous offre  un “Seigneur des Anneaux” qui séduira aussi bien les amateurs de l’oeuvre de Tolkien que les passionnés d’”heroic fantasy” .

Le tour de force est triple. Tout d’abord, il fallait rendre compréhensible, en peu de temps, une histoire manichéenne complexe où se rencontrent des groupes culturels différents et bien définis (Hobbits, Hommes, Nains, Elfes, Orques, ...), ensuite, il fallait traduire les descriptions du monde imaginaire de Tolkien sans les étriquer et, enfin, réussir à rendre attachants les personnages sans renoncer à les plonger dans des actions échevelées.

C’est l’histoire d’un anneau, l’Anneau Unique, qui fut forgé pour Sauron, un être maléfique, afin de lui donner le pouvoir absolu sur la Terre du Milieu. A la suite d’une guerre meurtrière, Sauron fut tué. Mais pour qu’il fut complètement vaincu, il aurait fallu détruire son anneau. La perversité des Hommes le leur fit conserver... 

Beaucoup plus tard, à la suite de moult péripéties, l’anneau tombe entre les mains de Bilbo, un des Hobbits vivant en bonne harmonie avec les Hommes, les Elfes et les Nains. Celui-ci légue le bijou maudit à son neveu, Frodon, qui, s’il parvient à l’annihiler, va donner sa chance aux peuples de la Terre du Milieu d’en finir avec Sauron. Or, la destruction de l’anneau exige qu’elle soit faite à l’endroit où il a été fabriqué, dans un lieu réputé inaccessible, situé au coeur de la Montagne du Destin. Le chemin pour y parvenir promet d’être long et périlleux. Frodon n’aura pas trop de l’aide de deux Hommes, un Elfe, un Magicien, un Nain et trois autres Hobbits pour tenter de mener à bien sa mission...

L’intérêt du “Seigneur des Anneaux” réside dans le fait qu’outre l’aspect épique de cette aventure, il y a le chemin initiatique (aux références universelles) qui s’ouvre devant un jeune homme qui vient d’accéder à l’âge adulte. Celui-ci, sortant du monde de l’insouciance enfantine, doit prendre en charge le sort de l’humanité et, pour cela, il doit affronter non seulement les périls que lui font courir ses ennemis, mais encore ses doutes et ses peurs.

Avec génie, Peter Jackson déplace légèrement le pivot central autour duquel tourne le récit de Tolkien - la lutte contre le nazisme, le pouvoir absolu et la guerre - pour en faire un combat contre la mollesse et l’individualisme forcené qui induit les hommes et les femmes à se déresponsabiliser et à oublier, quoiqu’ils en pensent, que l’avenir de la planète dépend de chacun d’eux.

Les décors sont superbes tant du point de vue de leurs éclairages que de leur composition. La succession des plans et les mouvements de caméra, souvent vertigineux, nous en donnent une impression stupéfiante de véracité. Quant à la musique de Howard Shore, tantôt puissante et martiale, tantôt angélique et diaphane, elle souligne le suspens, les mouvements épiques tout comme les moments intimistes, d’une manière sensationnelle. Je garderai longtemps, dans l’oreille, les choeurs d’hommes survolés par une voix nostalgique de soprano alors que nous planons au-dessus d’un splendide paysage montagneux aux crêtes déchiquetées.

A voir, à écouter et, peut-être, à méditer.

Amitiés. 

J.-M. de Wolff

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