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Chers Amis,
Eric Rohmer nous avait habitué à des oeuvres très intériorisées
où il était question d’amour voire de marivaudage. Son dernier
film, “L’Anglaise et Le Duc” , s’en démarque très
radicalement. Par un jeu très sobre des acteurs et par une caméra
volontairement figée, il fait en sorte que le spectateur reste extérieur
à l’action pour qu’il analyse le mouvement révolutionnaire de
1789 avec son intelligence plutôt qu’avec ses sentiments. Les scènes
de foules habituelles aux films évoquant cette période (cf.
“Danton” de Wajda), sont avantageusement remplacées par des séquences
intimistes, au travers desquelles les fragilités et les
contradictions de la Révolution deviennent très apparentes.
Nous sommes en 1792, alors que Louis XVI a été arrêté et que
le Duc d’Orléans milite dans le camp des Sans-culottes. Grace
Elliott, une Anglaise qui fut la maîtresse du Duc, a gardé
une relation privilégiée avec lui et reçoit ses visites quasi
quotidiennement.
Sans avoir de rôle direct dans la Révolution qu’elle estime nécessaire,
Grace essaie, dans la mesure de ses moyens, d’en corriger les dérapages
pervers. Courageusement, elle prend le risque de protéger le
marquis de Champcenetz (Gouverneur royaliste des Tuileries), dont la
tête est mise à prix, et pour lequel elle n’a aucun penchant.
Dans le même élan, elle va essayer d’infléchir le Duc d’Orléans,
alors membre de la Convention, en l’exhortant à ne pas voter la
condamnation à mort du roi. Malheureusement, rien n’y fera. Le
Duc espérant sauver sa propre tête, n’osera faire autrement que
de donner sa voix à la décapitation de son cousin.

Grace lui en voudra beaucoup. Elle en tombera même malade. Mais
les multiples rencontres qu’elle a eues avec le Prince vont la
rendre suspecte. Aussi sera-t-elle arrêtée et... Le fin mot
appartient à Rohmer et à Grace Elliott, puisque le film trouve son
origine dans les mémoires de cette femme exceptionnelle, mémoires
intitulées “Ma vie sous la Révolution française” !
Le choix des acteurs est idéal. Lucy Russel joue une Lady Elliott
intelligente, féminine et compatissante avec juste ce qu’il faut
de froideur britannique. Quant à Jean-Claude Dreyfus, sortant des rôles
où le caractère comique de sa physionomie était prépondérant,
il campe un Prince d’Orléans d’une justesse confondante.
Techniquement, ce film est remarquable. En effet, tous les plans
d’extérieurs nous donnent l’impression que nous nous trouvons
face à des peintures du XVIIIème siècle dont les personnages ont
été rendus à la vie par magie. Si cet effet à lui seul vaut le déplacement,
l’éclairage original de l’Histoire, que Rohmer nous propose,
rend ce film incontournable.
Amitiés
Jean-Marc de Wolff
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